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Education

(modifié: septembre 2015)

C’est bien évidemment la racine. Comment se fait-il que l’école soit devenue un lieu où la pédagogie à l’écoute de l’enfant est minoritaire ? Où les mesures suivent les coupes sombres de programme sans rien y changer ? Où la compétition règne et où la violence est rampante ? Y a-t-il d’autres éducations que celle à laquelle nous sommes habitués ?

 :: Un peu d’histoire : la méthode mutuelle ::

C’est à Jean-Baptiste de la Salle que l’on doit de ne plus apprendre à lire en latin mais en français, non plus individuellement mais tous ensemble autour d’un Frère laïc et c’est ainsi que l’enseignement commença à échapper à l’Eglise en 1684. L’école était divisée en niveaux, la place dans la classe fixe et individuelle, la discipline stricte, le travail répétitif et simultané surveillé par un maître inflexible, on l’appelle la méthode simultanée. Pour faire fonctionner ce système organisé, un personnel important et des locaux adaptés sont nécessaires. C’est de là que nous venons.
En 1795, l’écossais Andrew Bell, a initié en Europe le concept de méthode mutuelle qu’il avait "découvert" lors d’un séjour à Madras en Inde.
Dans l’école mutuelle, un seul maître est nécessaire pour faire fonctionner une école jusqu’aux limites architecturales de la capacité d’accueil du bâtiment (jusqu’à plus de 800 élèves). Ce système peut fonctionner à plusieurs étages, avec des moniteurs généraux, des moniteurs intermédiaires etc., jusqu’au niveau le plus bas des élèves débutants, tout le monde apprenant à son niveau et enseignant au niveau inférieur. Le maître unique, juché sur son pupitre commande toute cette organisation, les élèves étant installés sur de longs pupitres mobiles, organisés en configuration variables suivant les matières et les groupes de niveau. La méthode introduit une innovation capitale : l’apprentissage concomitant de la lecture et de l’écriture, et fait appel à des outils pédagogiques encore peu usités, comme l’ardoise qui économise le papier ou les tableaux muraux autour desquels les groupes font cercle au moment prescrit.
Cette pédagogie active et coopérative fonctionne assez bien et permet d’apprendre à lire et à écrire en deux ans, au lieu de cinq ou six ans avec la méthode simultanée. Adaptée à l’Ecosse par Andrew Bell, cette méthode fut appliquée en Grande Bretagne par Joseph Lancaster dans une école qu’il fonda à Southwark. Elle se diffusa en Europe au début du XIXe siècle et... fut interdite par le pape Léon XII en 1824 (source).

 :: Pédagogues ::

> Maria Montessori (1870-1952) a basé sa pédagogie sur l’observation des enfants pour aboutir à une pédagogie ouverte qui prend en comptes les besoins réels de l’enfant en le considérant comme une personne à part entière. Elle pointe l’importance de l’éducation et de l’instruction avant 6 ans. Le jeu, le respect du rythme de l’enfant et l’éveil à la vie sociale sont au cœur de sa vision.

> L’instituteur Célestin Freinet (1896-1988) a mis au point des coopératives d’enseignement laïc où la pédagogie s’incarne dans un atelier (imprimerie...). Freinet fait partie des pionniers et il a rencontré beaucoup de difficultés pour ouvrir sa première école à Vence. Le souci de l’environnement était au cœur de sa pédagogie. Pour mieux connaître cette pédagogie coopérative : FIMEM et ICEM.

> Rudolf Steiner (1861-1925) est à l’origine de l’anthroposophie, une vision vaste de l’homme et de ses relations au monde qui n’est pas sans rappeler les concepts néo-platoniciens, antiques ou orientaux. Très élaborée, sa vision est étayée par des textes couvrant tous les domaines de la vie, de l’agriculture biodynamique à la médecine en passant par l’éducation qui s’incarne dans les écoles Waldorf, écoles libertaires au départ destinées aux ouvriers.

> René Barbier est professeur émérite à l’université de Paris VIII Saint-Denis en sciences de l’éducation depuis 2007. Il travaille à la mise en place d’une pédagogie sensible et transversale où l’écoute et les étapes de vie jouent un grand rôle. On trouvera sur le site du Journal des chercheurs différents textes de ce pédagogue hors norme qui a créé le DUFA (diplôme universitaire de formation des adultes).

 :: École ou pas ? ::


> Si l’école n’est en rien obligatoire en France, l’instruction elle l’est. Plusieurs associations rassemblent les parents ne scolarisant pas leurs enfants, Les enfants d’abord, Choisir d’instruire son enfant, Libres d’apprendre et instruire autrement.

> Carte des écoles indépendantes de France. On trouve sur le site des conseils pour créer son école.

> Le Printemps de l’Educationest devenu un réseau incontournable pour fédérer les initiatives pour un renouveau de l’éducation. Beaucoup de personnes très intéressantes y participent et des rencontres sont organisées.

> Autre réseau intéressant, Savoir-être et éducation qui milite pour une éducation douce incluant éthique et intelligence émotionnelle. Sa fondatrice, Caroline Sost, a créé la Living School à Paris (voir plus bas).

> Il existe en France quelques établissements d’avant-garde en matière d’éducation.
Lycée Auguste Pavie de Guimcamp.
Les lycées autogérés : le Centre expérimental pédagogique de Boyardville, à Oléron ; le collège-lycée d’Herrouville Sainte-Claire ; le Lycée expérimental de Saint-Nazaire et le Lycée autogéré de Paris.
Dans la Drôme, L’école du Colibri ouverte depuis 2005 par Isabelle Pelloux, et La ferme des enfants de Sophie Rabhi sont fortement inspirées de la pédagogie Montessori et appuyées par Pierre Rabhi.
Dans la banlieue parisienne, un collège-lycée alternatif existe depuis 1991, Sophia. Et depuis peu dans le 19e ardt de Paris, la Living school : un lieu chaleureux où l’on apprend à être et à faire.

> Apprendre à tout âge sans aller à l’école : Université populaire de Caen, Université de tous les savoirs, Coopérative de la nouvelle éducation populaire, Réseau des écoles de citoyens, Cafés citoyens, Cafés Géo, Collège de France, Université populaire d’Arcueil...

> Très intéressant : un outil de mise en place de dispositifs éducatifs différents pour les enseignants, SynLab.

 :: Éducation et environnement ::

Réapprendre le nom des arbres et des plantes qui nous entourent, retrouver le sens de l’observation de notre environnement, ça s’apprend !

>Dans le sud de l’Italie, une formidable adaptation de l’école (et d’un village entier) à une mutation profonde de l’environnement social et humain.


> Le Réseau École et Nature organise chaque année depuis 1983 des rencontres avec des enseignants, un éco-parlement des jeunes depuis 2003, et publie des ouvrages collectifs ainsi qu’une revue. On trouve sur leur site une fiche repère sur le métier d’éducateur à l’environnement avec 4 types de métiers identifiés.

>NaturAnima est par exemple une auto-entreprise qui initie les petits parisiens à la biodiversité.

> Centres de séjours scientifiques où les élèves sont en situation d’apprentissage et rencontrent la science de près... pour apprendre à ne pas tout lui vouer ?

>Régulièrement, les colloques de l’Université de la Terre proposent à l’Unesco des rencontres sur l’écologie et les nouveaux paradigmes depuis 2005.

 :: Quelques lieux ailleurs ::

> A Oaxaca, au Mexique, l’Universidad de la Tierra (en espagnol) est un laboratoire zapatiste d’étude, d’apprentissage et de réflexion autonome et auto-suffisant.
Lire ici un très bon entretien en français sur le sujet. Pour comprendre comment est née cette initiative, voir aussi l’entretien avec Marc Tomsin, de La Voie du Jaguar.

> Depuis 2001, l’International Indigenous University propose des enseignements anciens pour une humanité nouvelle à Toluca, au Mexique. Également des séries de cours et d’ateliers aux USA, en Argentine, Bolivie, France et Italie.

 :: Une ressource ::

ÉDUCATION, par Marguerite Yourcenar

« Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.

Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.
Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.
On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.
On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie. ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.
On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.
En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.
On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.
Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait. »






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A lire aussi : livres, liens

  • Les Formations
  • L’éducation à l’eau des petits Marseillais.
  • Antimanuel d’écologie, Yves Cochet, Bréal, 2009.
  • Une société sans école, Ivan Illich, Poche, 2003 (1971).
  • Libres enfants de Summerhill, A. S. Neill, La Découverte, 2007 (1971).
  • La ferme des enfants, S.Rabhi, Actes Sud, 2011.
  • Une petite liste de lectures pertinentes sur FemininBio.

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Parce qu’elle a plein de tentacules pour toucher et s’intéresser à 1001 choses ! Sa capacité d’apprentissage est étonnante, elle s’adapte et change de couleur plus vite que le vent. Et sa meilleure défense c’est... son encre sépia. Autrefois, quand les écoliers s’en allaient flâner sur les chemins de traverse, dans les encriers l’encre séchait... Mais qui est La Seiche ?