Dans l'océan du net, des chroniques et plus de 1000 adresses fiables, éthiques et bio.



Marc Tomsin - éditeur entre Belleville et Mexique

(modifié: octobre 2012)

Du Mexique à l’Europe, ceux et celles qui résistent actuellement à toutes formes d’oppressions ont leur place Rue des Cascades. Il s’agit d’un petit éditeur parmi beaucoup d’autres regroupés dans des circuits parallèles comme Court Circuit ou Atheles. J’aime bien leurs « Livres de la jungle », une collection dédiée aux peuples indiens d’Amérique. Certes, leur catalogue ne parle pas beaucoup d’environnement naturel mais l’environnement c’est aussi la politique, la manière d’organiser la société, l’autonomie... et là, les titres sont bigrement inspirants.

Qui êtes-vous Marc Tomsin ? Un éditeur engagé ?
> Correcteur pendant une trentaine d’années dans l’imprimerie, l’édition encyclopédique puis la presse quotidienne, j’ai créé à Paris - avec une amie, Angèle Soyaux -, une première petite maison d’édition, Ludd (1985-1998), puis, depuis 2007, les éditions Rue des Cascades.
Engagé ? Je ne distingue pas mon activité éditoriale de la pratique sociale qui remonte à mon adolescence parisienne, aux comités d’action lycéens puis comités de quartier (1967-1971), et au courant libertaire international, que j’ai connu dès mes seize ans (1966 et les "provos" d’Amsterdam).

Qu’est-ce que c’est Rue des Cascades dans le paysage éditorial français ?
> Un fragment de l’édition marginale et artisanale ; une tentative d’articuler et d’accorder critique sociale, écriture non universitaire, subjectivité littéraire et goût pour le livre, celles et ceux qui le fabriquent (typographie, imprimerie, façonnage) ; un témoignage sur les luttes et les questionnements des mouvements issus des "peuples originaires", avec le Mexique comme point de départ ; la poursuite d’une réflexion et/ou d’une rêverie sur l’amour (Georges Bataille, Jérôme Peignot)...

Pouvez-vous présenter votre bulletin "La Voie du Jaguar" ? Qui en sont les lecteurs ? Et pourquoi ce titre ?
> C’est en fait un espace d’information et de correspondance ouvert sur Internet en 2012 pour continuer une conversation - un échange d’expériences et de réflexion - sur le mouvement social d’Oaxaca (dans le sud du Mexique en 2006). Le titre "la voie du jaguar" relève d’une figure symbolique du monde amérindien.
Enracinée dans l’histoire de la rébellion zapatiste de la fin du 20e siècle au Chiapas, "La Voie du Jaguar" cherche à relier ce mouvement à l’histoire sociale européenne (Commune de Paris, révolution espagnole, 1968...) et aux luttes qui s’organisent de façon autonome sur d’autres continents (Afrique, Asie).
Le site s’adresse à toute lectrice ou tout lecteur curieux et cherchant des chemins de traverses, hors des autoroutes de l’information ou des pistes balisées du militantisme. Des textes, entretiens, témoignages anciens (Pierre Clastres en 1974) s’y mêlent à des déclarations ou appels liés aux résistances en cours.

On peut suivre sur "La Voie du Jaguar "ce qui se passe dans les provinces rebelles du Mexique et ce sont à mon avis des analyses et des témoignages aussi inspirants que précieux. Voulez-vous expliquer ce qui se passe à Oaxaca ? Qui est Gustavo Esteva ? Que sont les Universités de la Terre ?
> Oaxaca, État du Sud-Est mexicain, a une importante population amérindienne (Zapotèques, Mixes, Mixtèques, Mazatèques, Chinantèques...). Le pouvoir y est resté concentré entre les mains du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) pendant plus de 80 ans (de 1929 à 2010). La principale force de résistance sociale et organisée à ce pouvoir corrompu est le syndicat des enseignants, la fameuse Section XXII (comprenant plusieurs dizaines de milliers d’adhérents).

En 2006, le dernier gouverneur "priiste" (membre du PRI) - élu de façon douteuse 2 ans avant -, Ulises Ruiz Ortiz (URO), a choisi la manière forte et expéditive pour briser ce mouvement social. Les enseignants occupaient depuis le mois de mai le centre-ville d’Oaxaca, capitale de l’État. Le 14 juin au petit matin, la police anti-émeute, appuyée par des hélicoptères, a violemment détruit le campement des instituteurs et institutrices, provoquant l’indignation, la solidarité et la mobilisation de la population qui parvint, quelques heures plus tard, à chasser ces forces policières et à s’emparer de la ville. L’Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca (APPO) est née de cette solidarité avec le syndicat enseignant et de ce soulèvement spontané contre un gouverneur corrompu et brutal.

La "Commune" d’Oaxaca a duré plus de 5 mois, du 14 juin au 25 novembre 2006. La population de la ville a adopté le mode d’organisation et de prise de décision des communautés indiennes : l’assemblée et la discussion pour trouver l’accord entre toutes et tous.
Le gouverneur, chassé de la ville, a reçu le soutien du pouvoir central mexicain. De véritables "escadrons de la mort", organisés par les sbires d’URO, et la force policière fédérale militarisée, avec hélicoptères et blindés, ont eu le plus grand mal à reprendre Oaxaca et n’y sont parvenus que par les assassinats et la terreur. On a compté plusieurs dizaines de morts et des centaines d’arrestations. Les partis politiques nationaux et les médias de masse ont réussi, de leur côté, à isoler ce mouvement et à éviter sa contagion au reste du Mexique.

Une partie de la jeunesse de la ville d’Oaxaca a trouvé dans l’organisation des barricades, dans ces combats et ces assemblées permanentes un nouvel élan, s’appuyant sur la sympathie des quartiers populaires et donnant naissance, au début de l’année suivante, au réseau des "Voix d’Oaxaca construisant l’autonomie et la liberté" (VOCAL).
L’esprit libertaire du révolutionnaire Ricardo Flores Magón (1873-1922), originaire d’Oaxaca, anime la meilleure part - fondée sur l’auto-organisation - de la résistance aux grands projets économiques d’exploitation des ressources naturelles, au profit de sociétés multinationales nord-américaines et européennes, bouleversant la vie des quartiers populaires comme des villages indiens des montagnes ou de la côte Pacifique.

Les jeunes gens de VOCAL peuvent aussi compter sur le soutien de Gustavo Esteva (ami d’Ivan Illich et continuateur de ses recherches), se définissant comme "intellectuel dé-professionnalisé". Gustavo Esteva a fondé en 2002 à Oaxaca - sur le principe illichien "apprendre sans école" - l’Université de la Terre, destinée aux jeunes des communautés indigènes.
Cette Université de la Terre d’Oaxaca a maintenant dans le Chiapas voisin, à San Cristóbal de Las Casas, une sœur qui se développe remarquablement depuis 2004, en toute indépendance de l’État et en étroite relation avec la rébellion zapatiste. Ces généreux mouvements sociaux tentent de dessiner par en bas un Mexique réconcilié avec ses peuples indiens, avec la justice sociale, la démocratie radicale et la "Madre-Tierra" (Terre-mère).

Photos (c) Eva Ruschmann






Twitter FacebookRSS

Ce site est proposé par

Cliquez ici pour voir tous nos livres.
<p>Mes adresses, trucs, conseils</p>
C'est La Seiche qui pèche !
Dans l'océan du net plus de 1000 adresses fiables, éthiques et bio.


Zoom de la semaine

Rencontres avec des passionnés

Et pourquoi une seiche ?

Parce qu’elle a plein de tentacules pour toucher et s’intéresser à 1001 choses ! Sa capacité d’apprentissage est étonnante, elle s’adapte et change de couleur plus vite que le vent. Et sa meilleure défense c’est... son encre sépia. Autrefois, quand les écoliers s’en allaient flâner sur les chemins de traverse, dans les encriers l’encre séchait... Mais qui est La Seiche ?