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Guillaume Gamblin - journaliste heureux

(modifié: septembre 2012)

Editée tous les mois en noir et blanc sans aucune publicité depuis 30 ans, la revue Silence s’attache à rendre compte de tout ce qui se passe en France (et un peu ailleurs) dans le domaine alternatif. C’est une porte vraiment intéressante quand on commence à sortir du système, ne serait-ce que pour se rendre compte de la diversité des alternatives déjà mises en place un peu partout sur le territoire. Des alternatives solitaires ou collectives, peu importe : elles sont là. Avec leur visage humain, leurs difficultés et leurs succès. Silence est une bonne revue, à mon avis encore trop méconnue, (son tirage actuel est de 5800 exemplaires). Guillaume Gamblin, l’un des rédacteurs, raconte son engagement pour ce journal.

L’écologie, la non-violence, la recherche de la coopération, la créativité, les solutions simples et efficaces... bref tout ce qu’on trouve dans les pages de Silence, tout cela ne semble pas évident pour tout le monde. Est-ce que tu viens d’un milieu sensibilisé à tout ça ou ça s’est fait autrement ? Si oui, comment ?

> Je viens d’un milieu avec une certaine ouverture culturelle, mais qui n’était pas du tout branché sur l’écologie, le militantisme, les alternatives. Cela, je l’ai découvert petit à petit en lisant, en faisant mes premières rencontres et expériences politiques. Pour moi la porte d’entrée a été la non-violence : la découverte émerveillée de Gandhi, adolescent, puis les lectures de Lanza del Vasto, Jean-Marie Muller, et ma rencontre avec le MAN, Mouvement pour une Alternative Non-violente. Parallèlement j’ai toujours trouvé absurde la logique de la croissance comme fin en soi, aussi la découverte en 2003 de la « décroissance » a été un vrai soulagement qui répondait à une attente de sens de ma part. J’ai donc commencé à fréquenter des espaces comme Silence, revue qui m’a nourri et m’a fait découvrir le monde des « alternatives ».

Depuis combien de temps travailles-tu à Silence ? Qu’est-ce que tu aimes dans ce que tu fais ?

> Je travaille à Silence depuis 2006. Comme les autres salariés, je suis à temps partiel. J’ai commencé à 14h par semaine : deux jours de travail hebdomadaires me semblaient un bon équilibre pour vivre, modestement mais sainement, avec de nombreux engagements en parallèle. Au fil du temps, je suis monté jusqu’à 24 heures actuellement, soit trois journées par semaine. Cela reste encore vivable, mais je ne souhaite pas monter beaucoup plus ! De toute façon le maximum à Silence est de 27h30.
Je m’occupe du secrétariat et d’une partie de la rédaction, ainsi que d’une part de l’envoi de la revue et du lien avec les bénévoles. J’aime beaucoup ce que je fais : j’adore écrire, qui plus est sur des thèmes qui me tiennent à cœur.
La revue est gérée par une association. Les salariés ont une grande marge de manœuvre et une grande souplesse dans l’organisation de leur travail. Nous expérimentons l’autogestion (il y a notamment l’égalité salariale) et nous sentons co-responsables de la revue. Jamais en six ans je ne me suis vu imposer quelque chose contre ma volonté.
Je trouve très stimulant d’être situé à un point d’intersection entre mille alternatives dans tous les domaines : habitat, éducation, agriculture, autogestion, féminisme, non-violence, luttes écologiques et sociales… Cela me donne le sentiment que notre société regorge de personnes et d’initiatives passionnantes, innovantes, alternatives, qui sont généralement passées… sous silence ! Cela donne de l’espoir, de l’énergie, des idées, et l’envie de partager tout cela. Les articles, reportages, entretiens, sont l’occasion de rencontrer des gens passionnants.

Alors que dans d’autres pays européens (qui ne sont pas précisément radicaux) quelques bases semblent au moins acquises, chez nous ça peine. A ton avis pourquoi l’écologie est-elle si peu convaincante en France ?

> Il y a plusieurs façons de faire de la politique. L’une d’entre elles est de se situer dans l’arène partisane des élections. Une autre est de participer aux luttes sociales et aux rapports de force pour faire évoluer la société. Enfin l’ensemble de nos choix quotidiens et intimes participent d’une manière de se situer comme sujets politiques, qu’on le veuille ou non.
Dans le champ électoral, les écologistes français brillent parfois par leur impossibilité à s’unir. Il leur arrive aussi de s’égarer dans des alliances utilitaires contre-nature et dans des compromissions pour arriver à grappiller un peu de pouvoir. Quand on vise le changement par le haut, l’accession au pouvoir se mue souvent de moyen en objectif et prend l’essentiel de l’énergie au détriment de la mise en place d’alternatives. Une manière « anarchiste » de faire de la politique est inverse : mettre notre énergie dans la mise en place d’alternatives, tout en agissant dans les luttes sociales. Mais il ne faut sans doute pas opposer ces trois dimensions : il est parfois très utile d’avoir le relais de quelques élus acquis à notre cause pour transformer un mouvement social en proposition de loi. Il me semble intéressant de jouer sur tous les terrains à la fois.
Ainsi, les écologistes peuvent comptabiliser peu de voix aux élections présidentielles françaises, mais beaucoup aux européennes, niveau où se jouent des enjeux stratégiques pour les produits chimiques et la politique agricole par exemple. Il m’est difficile de bien pouvoir comparer entre les pays, car les informations ne passent pas toujours bien d’un pays, d’une langue à l’autre. Des pays comme l’Allemagne peuvent nous faire rêver par leur sortie du nucléaire, le nombre de leurs écoles alternatives, etc, mais c’est la France qui avec les Faucheurs Volontaires est le levier européen d’une résistance aux OGM qui s’incarne concrètement dans le faible développement de ces technologies du vivant en Europe.

Quel est le domaine des alternatives qui te passionne le plus ?

> Je considère la non-violence comme un levier puissant de changement social, politique, dont on a juste commencé à entrevoir les possibilités au XX° siècle. Il est passionnant d’étudier l’histoire des luttes non-violentes et de se former à la non-violence dans tous les aspects de la vie, de l’éducation et des manières de se parler, aux mouvements de résistance civile. La non-violence a beaucoup à faire dans les domaines du quotidien comme la lutte contre la violence conjugale et la maltraitance des enfants, ou dans des dossiers « politiques » comme la défense : la France a la possibilité de massacrer des millions de civils par sa puissance militaire atomique ; si nous renoncions à ces armes nous nous honorerions aux yeux du monde entier et économiserions des milliards d’euros par an.
Face aux divers périls qui nous menacent : lobbies, montée de la xénophobie, crise énergétique et écologique, violence économique et financière, etc., il est nécessaire d’innover sans cesse des formes de résistance adaptées, qui allient l’exigence d’être efficaces à celle de rester humains. C’est précisément comme cela que je définirais la non-violence.

Le site de Silence : abonnez-vous car comme le dit Guillaume, lire ces articles c’est vraiment nourrissant !






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