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Florent Tillon - filmeur de ruines actuelles

(modifié: février 2012)

Florent Tillon réalise des documentaires sobres et percutants sur des endroits désertés ou inattendus ou les deux...

J’ai aimé votre travail (et notamment votre film sur Détroit, ville sauvage) parce qu’il n’est pas idéologique ce qui est plutôt rare par les temps qui courent. Je pense à des films comme Gasland, The Inside Job, Let’s make money ou We feed the world qui sont très engagés. Votre façon de filmer est plus calme, lente, à hauteur d’hommes et sans jugement. Il me semble que vous montrer le choc de ces nouvelles villes fantômes (Détroit, Las Vegas, Los Millares...) et ce que l’on découvre est si fort que le questionnement se met en place spontanément. Est-ce une distance voulue par vous par rapport à toutes les batailles actuelles ?

Florent Tillon : Vous avez raison : ces endroits sont tellement parlants qu’il ne m’a pas semblé nécessaire de rajouter du "concept" ou de l’"engagement". Pour moi, et c’est particulièrement vrai pour ce film sur Detroit, la ville était à respecter avant tout, j’ai cherché à m’effacer derrière tous ces symboles. Par exemple, j’ai systématiquement enlevé ma voix au montage, ce qui n’était pas le cas dans mon précédent film sur le Rond-Point de la Porte Maillot. Peut-être que j’ai simplement cherché à retranscrire l’humilité que l’on ressent devant les vestiges des anciennes civilisations ; les ruines parlent tellement d’elles-même qu’il vaut mieux parfois rester silencieux.
Je dirais cependant que s’il y a un engagement de ma part, il tient surtout au fait d’avoir fait ce film. J’y ai investi énormément de moi, et si je l’ai fait c’est parce que je voulais résolument capter cette ville, aujourd’hui en 2010, pour moi c’était nécessaire.
Mais au fond, mon film est surtout une invitation à aller voir cette ville par soi-même, car jamais vous n’aurez un film qui retracera avec suffisamment de force l’expérience de vivre à Detroit.

Comment avez-vous décidé de filmer ces lieux et pourquoi ?

Florent Tillon : Lorsque j’ai découvert le vieux centre-ville de Detroit pour la première fois en 2007, j’ai été sous le choc. Jusque là ce genre d’images de centre-ville abandonné n’étaient que mentales, issues des films post-apocalytipque, des bandes dessinées, dont un homme de 30 ans s’est gorgé depuis sa naissance. Tout est parti de ce choc : à Detroit, j’ai découvert que ces images pouvaient dorénavant être vraies. On arrive au moment ou la science-fiction est rattrapée. D’ailleurs c’est intéressant de constater que les films post-apocalyptique sont apparus en masse dans les années 50-60 pour exploser ensuite dans les années 70 et 80, le moment où la génération des trentenaires actuels est né.

Comment financez-vous vos projets ? Et comment sont-ils diffusés ?

Florent Tillon : Jusque là, j’avais auto-financé tous mes projets. Detroit a été financé à 60% par une boîte de production, 40% par moi. Mais je me pose actuellement des questions : les contraintes du monde du cinéma et de la télévision sont devenus tellement lourdes, lentes, kafkaïennes et anti-créatives que je pense recommencer à financer moi même mes films.
La diffusion, de toute façon, de ce genre de film, se cantonne aux festivals et à Internet, donc ça n’est pas la peine d’essayer de dialoguer avec l’industrie du cinéma qui est un monde ni ouvert ni généreux. Au fond le monde du cinéma est à l’image du monde économique : des riches puissants, en général les moins créatifs, et des pauvres précarisés, en général les plus intéressants.
Mais il est facile de s’épuiser dans ce contexte.

Est-ce que vous irez filmer ces villes qui réagissent avant de devenir fantômes, ces villes en transition ?

Florent Tillon : Je pense plutôt retourner à Las Vegas pour faire un format hybride entre fiction et documentaire dans les milieux les plus apocalyptiques de la ville. Mais Vegas est très différents de Detroit, si cette dernière est proche de la nature, de la lenteur, du calme, de l’espoir, Las Vegas est proche du désert, du vide absolu, des ténèbres, de la violence, du sexisme, de la machine, des gros moteurs baveux, du luxe, de la destruction écologique, de la fin du monde, vraiment. Si Detroit était le symbole de la transition, Vegas pourrait bien être le symbole de la fin définitive et sans appel. Mais bon, quand Sodome et Gohmorre furent détruites, d’autres villes survécurent et avec elle la civilisation...
Mais surtout ne pas se retourner pour ne pas être changé en statut de sel...

Le site de Florent Tillon.

(octobre 2011)






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