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Lamya Essemlali - femme pirate

(modifié: novembre 2012)

J’ai vraiment aimé le livre sur le capitaine Paul Watson, vous savez, ce Robin des Bois des océans qui, avec son association des Sea Sheperd, fait trembler la pêche industrielle et les massacreurs des mers... Des semaines après (voir la chronique), la lecture de ce livre orchestré par la jeune directrice de la section française de Sea Sheperd, Lamya Essemlali, continue de me porter et de me donner courage dans ma partie - à savoir celle de l’énergie solaire en accès libre.

Toujours assez curieuse, j’ai naturellement eu envie de savoir qui était Lamya et, malgré un agenda chargé, elle a gentiment répondu à mes questions avec la franchise qui la caractérise.

> Est-ce que vous venez d’un milieu sensibilisé à l’écologie ?

Pas du tout. J’ai grandi dans un milieu très éloigné des considérations écologistes. Aussi bien en famille qu’à l’école, j’ai toujours été étiquetée comme « l’amie des animaux » ou « l’écolo de service ». Mon engagement est né d’une incompréhension. Je n’ai jamais compris pourquoi, on pratiquait une telle discrimination envers les animaux. Cela m ‘a toujours semblé profondément injuste, cette indifférence que suscite leur souffrance… Cela m’a rendu d’autant plus empathique à leur égard. J’ai eu envie de défendre ceux qui sont sans défense et dont tout le monde se fiche. De là est né ensuite, mon engagement écologiste.

De fil en aiguille, j’ai découvert les atrocités commises par mon espèce contre la Nature, notre cupidité, notre arrogance, notre égoïsme… J’ai aussi vu que si une majorité reste indifférente, quelques uns se battent. Ils ne sont pas nombreux mais j’ai eu envie d’en faire partie. Je ne pouvais pas concevoir ma vie autrement. Ce n’était pas gagné au départ, je n’avais pas de formation scientifique et j’ai donc fait une remise à niveau avant de reprendre la fac à 24 ans jusqu’à obtenir mon Master en Sciences de l’Environnement. Ce master n’est pas indispensable mais nous vivons dans un pays qui sacralise les diplômes. J’ai appris beaucoup de choses à l’université mais les connaissances fondamentales je les ai apprises avec Sea Shepherd, avec Paul Watson et tous ces activistes passionnés que j’ai rencontré à bord des bateaux de l’organisation, pendant ces missions en mer en Antarctique, aux Galápagos et ailleurs. On ne délivre pas de diplôme pour ça et pourtant, ce sont mes meilleures armes.

> Qu’est-ce qui a décidé de votre engagement dans l’association des Sea Sheperd ?

J’étais investie dans différentes organisations écologistes (bien plus connues que Sea Shepherd) mais dans lesquelles je ne me retrouvais pas vraiment. Trop consensuelles à mon goût. Lorsque j’ai rencontré Paul Watson, en 2005, je me suis reconnue dans son discours et dans ses prises de position.
Avant de m’engager avec Sea Shepherd, je me suis renseignée sur tout ce que les détracteurs de Paul Watson et de Sea Shepherd avaient à dire. Ils n’ont fait que me convaincre davantage. Sea Shepherd dérange et c’est un corollaire de son efficacité. Une organisation qui se contente de signer des pétitions oude faire du mailing ne s’attirera pas beaucoup d’ennemis. Une organisation qui fait de l’intervention directe, qui ne se contente pas de protester ou de dénoncer mais qui intervient physiquement, comme le fait Sea Shepherd est susceptible de s’attirer de puissants ennemis. Paul Watson dit souvent qu’il mesure l’efficacité de Sea Shepherd non seulement à la quantité de ses sympathisants mais d’abord et surtout à la quantité de ses détracteurs.

> Il est beaucoup question de Greenpeace dans le livre. Pourquoi avoir tellement parlé des raisons du différent avec Paul Watson ?

Même si c’est de moins en moins le cas, les gens continuent à confondre Sea Shepherd et Greenpeace et cela n’a rien d’anodin. Paul Watson est un co-fondateur de Greenpeace (même si ses dirigeants actuels le nient) et ce qu’elle est devenue le touche particulièrement. Il dit souvent qu’il a le sentiment d’être Frankenstein et d’avoir contribué à créer un « monstre vert ». Mais sa réaction vient en réponse à des accusations de Greenpeace à son encontre (violence, éco-terrorisme) ou à des communications malhonnêtes (comme faire croire au public qu’ils combattent activement la chasse baleinière).
Je peux comprendre que vu de l’extérieur, la première réaction puisse être « Mais pourquoi ces deux organisations aux objectifs similaires ne peuvent elles pas s’entendre ? » La première réponse à cela est que Sea Shepherd a plusieurs fois proposé à Greenpeace de s’allier sur certains objectifs (chasse baleinière, pêche illégale du thon rouge). Greenpeace a toujours refusé. La deuxième est que malgré les apparences, je ne pense pas que les deux organisations aient les mêmes objectifs. Greenpeace est devenue une gigantesque multinationale dont l’objectif premier est d’augmenter sa base d’adhérents et ses fonds propres. A mon sens, les ONG qui ont pris ce tournant deviennent une partie du problème qu’elles prétendent résoudre.
Tout le monde n’a pas envie d’entendre cet état de fait, personne n’a envie d’être déçu surtout lorsque l’on soutient financièrement ou que l’on milite depuis longtemps pour une organisation. Mais le mouvement écologiste doit être capable de faire son autocritique s’il veut avancer et force est de constater que le monde associatif n’a rien à envier au monde de l’entreprise en terme de cynisme et d’arrivisme. Les gens devraient être plus vigilants, être moins dupes des stratégies marketing et demander des comptes sur des résultats concrets, et pas seulement des victoires auto proclamées ou une communication bien huilée. On s’attarde sur Greenpeace parce qu’ils s’attribuent certaines victoires de Sea Shepherd (contre la chasse baleinière ou pour le thon rouge, entre autres) et qu’ils sont l’une des seules organisations qui nous qualifie publiquement d’éco-terroristes… mais ils ne sont pas les seuls à être concernés par les critiques que nous faisons du « Charity Business ».

> Vous présidez le bureau français de Sea Sheperd, en quoi ça consiste concrètement ?

L’antenne Française de Sea Shepherd a comme les autres antennes nationales, la mission première de faire connaître les enjeux sur lesquels travaille l’organisation à l’échelle internationale. C’est de venue la troisième antenne mondiale et la première en Europe en terme de soutien aux missions en mer. A moyen terme, nous développerons sans doute des campagnes locales mais nous agissons déjà sur des enjeux locaux de braconnage par des recours légaux.

> Combien y a t-il de membres actifs ?

Sur la France, on travaille avec une centaine de bénévoles réguliers qui se répartissent sur 13 groupes locaux, chacun dirigé par un coordinateur local. Sur les navires 88 personnes travaillent simultanément quand on « fait le plein ». Avec le 4e navire, que l’on acquière prochainement, cela portera à plus de cent le nombre de personnes embarquées sur les plus grosses missions, comme celles contre la chasse baleinière dans le sanctuaire de l’Antarctique. Dans le monde Sea Shepherd compte environ 60 000 donateurs. Ce sont eux qui nous permettent de financer nos campagnes et d’entretenir les navires.

> Qu’est-ce que vous aimez dans ce que vous faites ?

Mon job est une passion. Je ne le conçois pas comme un travail au sens classique du terme. Ce que j’aime particulièrement avec Sea Shepherd, c’est que je n‘ai pas le sentiment d’être un pion dans une énorme structure. J’ai vraiment le sentiment de contribuer à faire évoluer les choses, à mon échelle, à l’échelle de l’organisation. Il ne s’agit pas de sauver le monde, mais de faire sa part.
Alterner les missions en mer et le développement de l’antenne de Sea Shepherd France est extrêmement épanouissant. Je vis mon engagement comme une passion indéfectible qui ne faiblit pas, qui ne pourra mourir qu’avec moi. J’estime avoir beaucoup de chance. Je pense que ce qui a contribué à m’amener où je suis, c’est d’avoir donné la priorité à mes envies, à mon instinct. De ne pas avoir privilégié la sécurité à la liberté. Pour avoir une chance d’être heureux, il faut toujours s’écouter. Ce n’est pas toujours facile. Cela demande un peu de courage et beaucoup de volonté. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Site des Sea Sheperd.
Les 2 photos de campagne ont été faites par les Sea Sheperd : 1. dauphins en partance pour la boucherie, campagne Infinite Patience ; 2. tentative de ralentissement d’un navire japonais, campagne Divine Wind.



Vos commentaires

  • Le 21 novembre 2012 à 02:56, par auteur Feelgood from Reunion Island en reponse Lamya Essemlali - femme pirate

    Cette ONG ment, manipule et désinforme.

    http://blogs.mediapart.fr/edition/l...

  • Le 21 novembre 2012 à 13:56, par auteur LaSeiche en reponse Lamya Essemlali - femme pirate

    Merci de ce message et de ce lien.

    Il est évident que la personnalité de Paul Watson séduira ou pas et la part très importante qu’occupe le conflit Greenpeace/SeaSheperd dans l’ouvrage de L. Essemlali est parfois pénible pour le lecteur. Le conflit de personne est toujours dommageable, il fait perdre beaucoup de temps et rend les gens hésitants.

    Néanmoins, les écologistes de toute sensibilité sont face à une situation de guerre au vivant sur de nombreux front. Les plus motivés s’appellent d’ailleurs des militants. Les pratiques agressives de SeaSheperd, sont une réponse résistante et à ce jour sans violence humaine, contre les pratiques ignobles de pêche.

    Greenpeace (organisation que j’ai quittée à la nomination de Pascal Husting venu de la haute finance pour diriger l’asso) a également des succès à afficher mais également des compromis, des erreurs, etc.

  • Le 4 février 2013 à 23:55, par auteur Nicole B en reponse Lamya Essemlali - femme pirate

    Faut-il être amusé ou lassé des commentaires du style celui de "Feelgood from Reunion Island " ? ...

    "Feelgood from Reunion Island" se cache derrière un pseudonyme (c’est beau le courage), mais rappelle son profond attachement à ... l’Île de La Réunion... tout en cassant du sucre comme il le peut sur Sea Shepherd.
    Explications ....

    En fait c’est très simple. A l’Île de La Réunion il y a eu un petit groupe de personnes, des FAUX-surfeurs, dont leur arrogance envers la Nature est aussi importante que leur boulimie de business. C’est gens-là ont voulu faire comprendre aux requins que la mer est d’abord réservée à l’Homme et par tout temps. Et ensuite, s’il reste de la place, le requin peut venir, soumis, à condition qu’on ne l’aperçoive pas.
    Mais la Nature ne possédant pas de télécommande comme les chaine-hifi, des requins ont "croqué par erreur" des imprudents. C’est rarissime, mais ça arrive.
    Dans l’émotion, ce petit groupe de FAUX-surfeurs se sont servit du désarroi des victimes et de leur famille afin de grossir l’ampleur, à tel point qu’ils ont réussi à faire pression sur le Préfet pour que ce dernier ordonne un décret illégal (sic) permettant de butter une dizaine de requins arbitrairement.

    Pour faire un parallèle : En Montagne, lorsqu’il y a une avalanche qui malheureusement tue des passionnés, on ne voit jamais la communauté des alpinistes qui veulent faire sauter un pan de montagne ou faire fondre la neige !

    Seulement voilà, Sea Shepherd a joué une fois de plus les troublions, et usant comme toujours de la voie légale, le décret illégal (sic) mis par le préfet de l’Île de La Réunion a été annulé. (au moyen âge ça aurait pu passer, mais nous sommes en 2013...)

    Depuis, ce petit groupe de FAUX-surfeurs réunionnais sont frustrés. Et ils scrutent à longueur de journées/soirées les pages de Google à la recherche d’un nouvel article sur Sea Shepherd afin de rapidement mettre des commentaires calomnieux. Faut-il en rire ou être agacé par ces pollueurs ?

    Comme le dit Paul Watson : "On mesure son efficacité, non pas au nombre d’amis que l’on a, mais au nombre d’ennemis que l’on dérange". Et là, force est de constater que Sea Shepherd a dérangé ce petit groupe de FAUX-surfeurs qui voulait tranquillement faire du business en ayant pas le moindre petit respect pour la Nature.

    J’invite TOUS les lecteurs à se faire LEUR propre opinion, bien évidemment en se basant non pas sur les "racontards", mais en allant chercher les informations officielles.

    => w w w . s e a s h e p h e r d . f r

  • Le 20 mars 2013 à 19:21, par auteur Valentin J en reponse Lamya Essemlali - femme pirate

    Nicole B arrêtez de détourner la vérité. Sea shepherd est une ONG qui utilise des méthodes peu orthodoxes pour défendre l’océan et qui cause plus de problèmes qu’il y en avait auparavant. Quant à la référence aux surfers réunionnais je vous demande un peu de respect envers la famille des victimes, Mathieu schiller n’était pas un faux-surfer et était reconnu dans le monde du bodyboard.

    Vous pensez qu’il est légitime de faire couler les bateaux des pécheurs de baleine pour défendre la cause de la chasse à la baleine ? C’est très ironique quand on pense aux conséquences désastreuses d’un navire coulant et déversant tout son essence dans la mer, vous pensez que les baleines apprécient ? C’est une ONG qui se veut protectrice des animaux mais au final elle cause des dégâts irréversibles en voulant les protéger. Ce n’est pas par la violence que l’on fait avancer les choses (depuis que l’homme est homme il y a toujours des guerres...), de plus par son arrogance elle créée dans l’esprit des japonais un esprit de revanche ce qui a pour incidence d’augmenter la consommation de viande de baleine au Japon et par conséquent la production c’est-à-dire la chasse. Pour finir je pense que lorsque l’on se déclare ONG, il faut montrer l’exemple afin d’éduquer la population et pour cela il faut une certaine éthique et cette éthique c’est prôner la paix (comme une certaine ONG qui porte ce nom avec le mot vert devant).

    Je vous invite à lire cet article d’un photographe qui a pu côtoyer Sea Shepherd et qui explique vraiment bien le problème éthique de cette organisation : http://blogs.mediapart.fr/edition/l...




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