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(29 mars 2012)

Un monde parfait (1/2)

C’est le titre d’un polar haletant et incontournable dont je vous propose un résumé en 2 articles-étapes.

Dans ce monde parfait, une poignée d’hommes - une grosse poignée quand même mais une poignée au regard des millions d’autres - une poignée d’hommes, et de femmes, sont totalement convaincus que la planète est un terrain de profits illimités. Leur terrain.

Forts de cette conviction, ils se chargent d’extraire, presser, pomper, sucer, vampiriser toutes les ressources possibles et imaginables nécessaires à la marchandisation de tout : les sols, l’eau, l’air, la nourriture, les semences, le corps humain, le corps animal, les végétaux, les océans, les maladies, les remèdes, les moyens de transport...

Cette gigantesque mise en service payant de tout ce qui fait la vie repose sur des moyens d’exploitation qui ne seraient rien sans... l’énergie. Et parmi toutes les sources d’énergies actuellement exploitées par cette poignée, il en est une qui se tarit (le pétrole) et une autre qui représente une menace inouïe pour les populations et dont l’histoire est... comment dire ?... édifiante : l’énergie nucléaire.

Le polar commence là et les protagonistes, Areva, sont une fraction de cette poignée d’humains qui officie dans un petit coin du monde, le Niger, peuplé de millions d’habitants.

L’exploitation de l’uranium et le développement du nucléaire marchent avec le développement militaire et, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, le Général De Gaulle demande au bon Guillaumat d’orchestrer la chose avec une mini-poignée d’autres humains, le Corps des Mines.
Certes, à l’époque, il y a de l’uranium en France mais il y en a encore plus en Afrique, notamment dans les contrées où la poignée d’humains s’est longtemps crue supérieure : les colonies.

Toutefois, le souvenir très peu glorieux de ces colonies gêne l’image de la poignée d’humains qui ne veut pas renoncer à la manne inouïe que drainent les terres d’Afrique dans son empire vieillissant.

La poignée met donc en place un système efficace de soutiens corrompus et des permis d’exploitation minière lui sont accordés sans broncher. La poignée comporte bien sûr des membres venus d’horizons divers ce qui permet d’éviter l’accusation de néo-colonialisme direct et de multiplier les pressions au cas où l’ex-colonisé, en occurrence le Niger, souhaiterait jouer les filles de l’air et récolter tous les fruits de l’exploitation de son sous-sol.

En 1973, le premier choc pétrolier fait chanceler la France qui mise tout, mais alors tout, sur le nucléaire. Tout l’enjeu - et il est de taille - se résume à cette question shakespearienne : comment garder le contrôle de la matière première et continuer à la payer un minimum tout en asservissant la population sans que ça se voit ?

Passons sur les jeux de balance en Afrique entre réajustement de dette et liquidation de biens publics aux plus offrants, entre embargo et PAS (Plans d’Ajustements Structurels dont la réalité vous sera révélée entièrement si vous prenez la peine de lire La stratégie du choc de Naomie Klein paru ches Actes Sud en 2009).

A la fin de ces 40 ans d’histoire, grâce aux bonnes âmes d’Areva, la France se retrouve avec plus de 50 réacteurs fonctionnant sur de l’uranium acheté au prix du Franc CFA dévalué (jusqu’en 2007) et le Niger se trouve avec 70% d’analphabètes, les deux tiers de sa population souffrant de "déprivation" (*). C’est ce que la poignée appelle un marché gagnant-gagnant.

A la fin, on voit que le Niger c’est loin, que peu importe qu’aucun des ouvriers n’ait été informé des risques de l’extraction de l’uranium et de la contamination (ils le sont un peu depuis 1990, en France depuis 1950...), peu importe que les nappes phréatiques s’assèchent à Arlit et que les gosses jouent avec de la ferraille radioactive, peu importe puisque qu’Areva équipe les rues de bornes-fontaines d’eau recyclée (du traitement de l’uranium).

A la fin du polar, la France et le Niger ne vécurent pas heureux et n’eurent pas beaucoup d’enfants.

A la fin, on découvre deux choses : le Niger n’est pas le 102e département français et l’indépendance énergétique de la France est un mensonge. Et au passage la soit-disant propreté du nucléaire aussi car : "les mines du Niger sont alimentés en électricité par une centrale thermique qui consomme 160 000 tonnes de charbon/an (400 000 quand l’exploitation d’Imouraren aura commencé)" (p. 169).

A la fin, on découvre aussi que si nous ne la voyons qu’au 14 juillet, l’armée française est là et bien là, protégeant notre belle France, défendant nos intérêts avec zèle et un sens de la justice aigus (je plaisante évidemment), c’est même l’outil préféré de la poignée d’humains. Des hommes de poigne quoi !

"Si la fin de la décolonisation avait eu lieu, Areva Niger, ci-devant Cogéma, serait une compagnie nigérienne, dirigée et encadrée par des Nigériens. Elle aurait développé sur place la technologie de transformation du minerai en uranium. Le Niger exporterait dans le monde entier en son nom propre, son économie serait florissante, ses habitants jouiraient d’un niveau de vie suffisant. On est loin du compte." (**)

En France, une lampe sur trois est éclairée grâce à l’uranium du Niger. A Imouraren, au Niger, et à Trekkopje, en Namibie, Areva entend bientôt créer des méga-mines d’uranium à ciel ouvert, investissant des millions d’euros. Pour son départ, Anne Lauvergeon a réclamé 1,5 millions d’euros (***). Elle est une héroïne importante de ce polar - c’est elle qui a eu l’idée de revendre aux Africains nos vieilles centrales.

Mais arrivés là les amis, nous n’en sommes qu’à la moitié du chemin de ce sidérant roman... La suite jeudi !

(*) La déprivation étant selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) "la privation simultanée dans plusieurs domaines" (p. 65).
(**) Cit. de Odile Tobner, p. 73-74.
(***) Source ReporTerre..






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