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(6 décembre 2010)

La Seiche : un jet d’encre sur la toile

Il paraît qu’Internet ne se prête pas aux textes longs, il paraît qu’un bon papier doit avoir un axe fort (voire deux), il paraît qu’une bonne histoire doit passer par la résolution de conflits... La presse est saturée de codes, tout autant que l’édition, et Internet aussi commence à aligner ses codes tant nous sommes prompts, tous, à intérioriser des normes de communication et d’information standardisées.

Et tout cela m’énerve - depuis toujours. Depuis l’école. D’ailleurs autrefois, quand les élèves s’en allaient flâner sur les chemins de traverse, dans les encriers l’encre séchait... de l’encre sépia, de l’encre de seiche précisément. Violette, j’en ai toujours plein les doigts.

Où sont passés les flous ? Les nuages ? Les blancs ? Qu’est-ce que c’est que ces idées qui ne pourraient circuler que sous forme calibrées ?

Les lignes droites m’ennuient. Je leur préfère les diagonales, ou mieux, les zig-zag, voire même les cercles car tenter de faire le tour d’une question n’est pas, loin s’en faut, tourner en rond.
Le tour de la question de l’environnement sera tenté dans ce site - avec des ouvertures nombreuses sur des actions de terrain et des propositions cohérentes.

La pensée, les idées, l’esprit se meuvent dans l’impalpable et tant pis si ces mots semblent désuets.
Tout ce qui fait la pensée, les idées, l’esprit, tout cela a son temps, son rythme propre qui nécessite une certaine lenteur, un recul, une continuité, un espace possible pour l’approfondissement et la rêverie. En même temps.

Aucun support ne devrait imposer de cadre à l’expression libre d’une parole, aucun. Les hommes sont intelligents, ils savent faire le tri, ils savent apprécier. Il faut une somme considérable de brouillons et de faux-pas avant de pouvoir affirmer "ceci est bon."
Comme vous je suppose, j’ai lu des choses d’une très grande qualité sur des blogs perdus dans des coins obscurs de la toile, j’ai rencontré des personnes d’une valeur inestimable, et porteuses de propositions qui en intéresseraient plus d’un-e, privées de cette attention parce qu’ils ne rentraient pas dans les grilles, niches, zoom, focus et autres cases.
Il ne faut pas se lasser d’essayer, de brouillonner et de griffonner ici et là comme ça vient pour ne pas céder, là non plus, aux tentatives de normalisation.

Je viens de l’ancien monde - celui de l’odeur de l’encre et du papier, et me suis prise d’intérêt pour Internet : espace vaste, fortement libre et largement gratuit. Je n’aime en rien le support de la machine mais j’aime pouvoir y retrouver ici et là le ton sincère et profond des anciennes feuilles de chou de nos intellectuels européens, du temps qu’ils savaient s’opposer sans ambiguïté aucune à tout ce qui nie la vie.

On peut critiquer le nombrilisme d’Internet et il est pénible, mais personne n’est obligé d’aller y piocher. Sans Internet, bien des voix n’auraient jamais pu se faire entendre, bien des projets et des initiatives seraient demeurés dans l’ombre, dans ces marges et chemins de traverse qui semblent si effrayants puisque toujours présentés sous le même angle : "les yourteux du Larzac", "les anar’ utopiques", "les décroissants rétrogrades" et puis "les rêveurs", ah les doux rêveurs et leurs nuages...

Ces pionniers, ces étrangers de partout...

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
- Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J’ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

- J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

Charles Baudelaire, L’Etranger, 1869 (comme le temps passe...)






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Parce qu’elle a plein de tentacules pour toucher et s’intéresser à 1001 choses ! Sa capacité d’apprentissage est étonnante, elle s’adapte et change de couleur plus vite que le vent. Et sa meilleure défense c’est... son encre sépia. Autrefois, quand les écoliers s’en allaient flâner sur les chemins de traverse, dans les encriers l’encre séchait... Mais qui est La Seiche ?