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(10 novembre 2012)

Si loin, si proche : 6/ Les pays de l’or noir

"Au printemps 2010, suite à une explosion accidentelle sur une plateforme pétrolière de British Petroleum, le golfe du Mexique fut le théâtre d’une gigantesque marée noire. Cette catastrophe écologique a fait la une des informations du monde entier, remplissant des pages et des pages de journaux. L’intérêt des médias internationaux et l’implication personnelle du président des Etats-Unis, Barack Obama, contrastèrent radicalement avec le silence, la désinformation des médias et l’absence d’implication des hauts dirigeants internationaux pour le cas du delta du Niger.
Selon les estimations d’Amnesty International, il s’y déverse chaque année depuis maintenant cinquante ans une quantité de pétrole équivalente à celle qui s’est échappée de l’Exxon Valdez"
(p. 31)

C’est la dernière chronique de la série "Si loin, si proche" et j’avoue que c’est la plus difficile. Je voudrais parler d’un livre récent, un livre-documentaire à la fois tellement bien écrit (et si bien traduit - chapeau !), tellement haletant et terrifiant que je n’arrive pas à trouver un angle pour faire ça rapidement, proprement, avec assez de peps pour vous donner envie de faire plus que le lire : vous impliquer.

Non, je n’y arrive pas. Je tourne autour depuis une semaine maintenant, je pense à tout ce que j’ai appris là et... rien à faire. En fait, ce que j’aimerais c’est un débat. Pas juste moi qui écris et m’adresse à plein de lecteurs et lectrices anonymes. Un débat avec l’auteur, Xavier Montanyà, un journaliste catalan qui nous entraîne dans son enquête dans le delta du fleuve Niger, au Nigeria, en Afrique de l’Ouest, et vous.

De la première à la dernière page c’est à hurler et nous en sommes responsables.

Vous avez dans ces pages essentielles la radiographie du cocktail : pillage de ressources naturelles + équipements défectueux + fuites attribuées à "des attaques" + pollutions graves + corruption + répression des résistances + violence militaire = destruction de la vie de milliers de gens. Et la raison n’est pas que "c’est l’Afrique". La raison en est que des compagnies américaines et européennes orchestrent ce massacre écologique et humain à longueur d’année, depuis 50 ans, pour nous approvisionner en pétrole.

En 2010, sous la contrainte, Shell a demandé "pardon publiquement à tous les habitants du Delta pour les nombreuses années de violations des droits humains, alléguant : ’Nous ne savions pas que vous apportions la pauvreté, des conflits et des privations. Désormais, nous le savons.’ Sans commentaire..." D’autant que Shell n’a rien changé à son fonctionnement.

Face à ce crime, chaque jour des gens luttent non seulement pour assurer leur subsistance dans un environnement dégradé mais aussi pour refuser cette destruction. Suivant l’exemple du défunt leader non-violent Ken Saro Wiwa, de longues batailles juridiques s’enclenchent, des luttes prennent forme, des espoirs s’ancrent mais je suis convaincue que sans notre prise de conscience à nous, les Blancs, les médiasés et médiatiseurs, les gros consommateurs, sans notre changement à nous, ces gouttes d’eau ne seront jamais un fleuve puissant capable de balayer un jour l’avidité malsaine de ces grosses entreprises mortifères. Nous devons regarder cette réalité.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire après lecture de ce livre qui vaut tous les polars du moment ?
S’intéresser illico à la provenance de notre énergie quotidienne (Enercoop fête ses 5 ans et 13 000 membres je vous signale) et puis, par exemple, soutenir l’alliance qui vient de se créer entre des associations française et nigériennes autour d’une autre grave question énergétique qui lie étroitement la France et l’Afrique.

Et oui, au Niger cette fois, la présence française est très importante, notamment avec le travail hallucinant fournit par Areva dans les mines d’uranium et dont j’ai déjà parlé sur ce site (ici et ).

Si loin, si proche ? Eh oui, jadis les 200 mines d’uranium nécessaire à nos centrales se trouvaient en France, en Bretagne et en Limousin notamment (voir ce scandaleux dépôt de boues radioactives à Compreignac l’an passé, ici). Mais les filons se sont épuisés, les déchets, eux, sont restés sans recyclage aucun, et les exploitants s’en sont allés sévir au Niger laissant aux habitants le soin de gérer les dégâts.

Le 15 octobre 2012 dernier, parce que "les conséquences environnementales des anciennes mines d’uranium en Limousin sont aujourd’hui enfin connues et reconnues", les associations Sources et Rivières du Limousin, l’ADEX en Corrèze et Oui à l’Avenir en Creuse "ont participé cet été à la première réunion nationale (avec la présence d’association du Niger) des associations luttant contre les pollutions radioactives générées par la société AREVA (aujourd’hui responsable unique des anciennes mines d’uranium) concernant 25 départements et 8 régions en France. Il est ressorti de cette réunion nationale un constat grave : la colère et l’exaspération unanimes des 13 associations présentes, de France et du Niger, face au comportement de la société AREVA et de l’État dans le pourrissement des situations locales de pollution, au détriment de la santé des populations et de la protection de l’environnement."

Le Collectif Mines d’Uranium s’est donc créé, en lien avec la Criirad, un pont France-Niger, qui mérite absolument toute notre attention.

Lire un extrait de L’or noir du Nigeria sur Natural Writers.






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