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(18 mai 2013)

Serons-nous un jour des Bishnoïs ?

Vous en avez peut-être déjà entendu parler... Peut-être même avez-vous vu à Paris l’exposition de photos présentant ce petit peuple d’Inde, les Bishnoïs ?

Une très belle expo, un chouïa cynique, nous montrant ces habitants du Rajasthan comme de vrais écologistes sur des posters couvrant mal la décrépitude de la station RER Luxembourg (lire ma chronique de l’expo). Une opération de com’, comme tant d’autres autour de l’écologie hélas.

Mais peu importe. Les Bishnoïs habitent donc principalement le Rajasthan, au nord de l’Inde. On en compte environ 800 000, tous et toutes végétariens, non-violents, respectueux de toute vie animale au point de poursuivre en justice un acteur de Bollywood qui avait tué une antilope sacrée lors d’une chasse jusqu’à voir la star indienne en prison. Des gens déterminés donc, et fidèles à leurs 29 principes de vie.

Il faut dire que leur histoire donne de quoi s’arrimer fortement. C’est Jambeshwar Bhagavan, ou Djambo, un pauvre berger errant singulièrement lucide qui, avec une poignée de gens venus d’horizon divers, fonda une communauté et mis en place la structure de ces 29 principes censés préserver la vie. Ayant compris que la sécheresse n’est pas une punition divine mais une conséquence de la déforestation, il créa la communauté des Bishnoïs au XVe-XVIe siècle tandis que la région alentours se désertifiait de plus en plus en raison des travaux pharaoniques lancés par les rathores (seigneurs) de l’époque.

Ces 29 commandements sont fort simples. On en retrouve certains dans nombre de traditions, jusque dans l’œuvre de Tolstoï, de Gandhi, avec le mouvement Chipko ou chez quelques 600 000 millions de végétariens : respect de la vie sous toutes ses formes, simplicité et honnêteté d’action, de pensée et de parole, conscience des liens de cause à effet, hygiène, gestion rationnelle de l’eau, respect des femmes, protection des animaux sauvages, compassion envers tous les vivants, égalité des castes... Rare en Inde, les Bishnoïs enterrent leurs morts pour ne pas utiliser inutilement de bois de bûcher. Bref, ils vivent pleinement la conscience de faire partie d’un environnement naturel et humain dont ils dépendent directement et optent pour une attitude non pas "écologique" mais "raisonnable". Le serons-nous un jour ?

Leur ancrage dans ce sentiment d’inter-connexion est si fort que, à la manière des 12 millions de Jaïns, les Bishnoïs ne hiérarchisent pas les formes de vie : une plante, un animal ou un homme ont le même droit à la vie. Ainsi, les Bishnoïs préservent toute vie et ce au détriment de la leur s’il le faut, comme le fit au XVIIIe siècle, à Khejarli, Amrita Devi morte avec 362 autres villageois en enlaçant les arbres pour protéger leur forêt.

Comme le raconte Irène Frain, "En 1730, le maharadjah de Jodhpur est pris à son tour de folie bâtisseuse. Venant à manquer de bois, il expédie son armée dans une forêt qui appartient à une femme Bishnoï, Amrita Devi. « Plutôt mourir ! » déclare-t-elle aux soldats en s’enlaçant à un arbre. Elle est décapitée. Ses filles l’imitent et sont massacrées. D’autres Bishnoïs prennent la suite, eux-mêmes trucidés. Le massacre semble ne jamais devoir finir. Cette immolation n’a rien d’un suicide collectif : c’est l’ultime moyen d’obtenir la victoire. En effet, à la 363e victime, le chef de l’armée renonce. Et le maharadja, ébranlé, décide de protéger à jamais les « 29 », leurs animaux et leurs forêts."

La romancière Irène Frain a donc donné vie à l’histoire de Djambo dans un livre un peu raté à mon goût mais très bien documenté, La forêt des 29, sorti en 2011 et que je n’ai eu le temps de lire que cet hiver. Dans ce tourbillon d’histoires et violence qui occupe les trois quarts du livre, quelques belles pages comme le récit de la marche des premières personnes touchées et convaincues par le message de Djambo et prêtes à le suivre pour fonder une première communauté. J’ai appris beaucoup mais, malheureusement, uniquement tourné vers la chronique du passé le livre n’incite pas vraiment à l’action contemporaine... et c’est dommage parce qu’on en a tellement besoin !

Tolstoï a rapporté la défense acharnée de paysans face aux coupeurs de bois (ici) qui se termina par un bain de sang. On se souvient qu’en 2011 le gouvernement anglais avait mis en vente la totalité de ses forêts pour en tirer "375 millions d’euros au cours de ces dix prochaines années" (une stratégie fort heureusement abandonnée mais reprise en ce moment par l’Irlande qui souhaite vendre ses actifs, dont les forêts, pour se sortir de la dette) tandis que les forêts du sud sont prises dans les griffes du processus REDD qui vend la fonction "captation de carbone" des arbres aux plus offrants...






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