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(20 avril 2012)

Saison Brune : enfin !

Enfin un livre grand public qui ne prend pas les lecteurs pour des demeurés !
Enfin, un livre à hauteur d’homme pour parler en grand large du sujet qui devrait tous-tes nous préoccuper matin, midi et soir : le changement climatique et ses conséquences sur nos vies.

Le changement climatique est un événement invisible, perceptible en plusieurs temps, difficile à appréhender et complexe à expliquer sans avoir recours à des tas de notions scientifiques que peu d’entre nous maîtrisent. En tout cas moi je ne les maîtrise pas. Bref, c’est barbant, on va vite, on est pressé, on passe...et pourtant. Une fois cette BD terminée, vous savez, ce n’est plus une vue de l’esprit. C’est clair, vous avez compris et ça c’est pour toujours. Alors oui, vous avez probablement reçu un coup sur la tête mais vous connaissez la nature du coup et ce coup va peut-être vous sauver, ou du moins vos enfants.

A partir de là, asseyez-vous confortablement car je vais être (un peu) longue. Mais comment traiter en deux minutes un travail de près de 500 pages ?

Je suis sortie de la lecture du pavé en zig-zag. Saison Brune parle du changement climatique comme peu de gens arrivent à en parler. Philippe Squarzoni a tout digéré et, si vous ne le saviez pas déjà, ce qui se tient en face de nous n’est pas pour dans un siècle, c’est là, c’est maintenant.

En 1990, le GIEC donne son premier rapport sur la question, puis arrive la Conférence de Rio en 1992 censée réguler l’hyper-productivisme polllueur, en 1995 un second rapport pose les bases des négociations de Kyoto en 1997, et en 2007 un quatrième rapport continue d’aligner chiffres et observations de ce changement qui n’est pas que climatique, loin de là.

Il s’agit de réduire de 25 à 40% nos émissions avant 2020. Pour ce faire il faut sortir des énergies fossiles, accepter la fin de la croissance et redistribuer les richesses, coopérer. Mais à ce jour, aucun dirigeant d’aucun pays n’a donné la preuve de sa conviction inébranlable dans la réalité de cette catastrophe déjà en cours. Des mesures ont été prises, certes, ménageant toujours l’industrie avant la protection des populations. Que l’on se souvienne chez nous du Grennelle. Philippe Squarzoni, ça l’empêche de dormir, moi aussi.

"La maison brûle et nous, nous regardons ailleurs" a dit Jacques Chirac un jour.
Je ne sais pas ce que les gens ont cru quand il a dit ça – qu’un soupçon de conscience le traversait ? Chirac regardait juste vers son compte en banque et celui de ses amis. Car oui, bien entendu, les riches détruisent la planète et bloquent les processus de mutations que ce dramatique changement climatique exige de nous.(*) Mais de quoi sont-ils riches si ce n’est du crédit halluciné que nous leur donnons en achetant les merdes qu’ils produisent pour nous distraire de l’essentiel ?

En sortant du livre j’étais en zig zag parce que ça m’a rappellé ce moment de ma vie, il y a quatre ou cinq ans, où j’ai déroulé ma propre pelote, où j’ai commencé à rassembler mes intuitions, à lire, à regarder des documentaires, à rencontrer des gens et à comprendre ce qui est en train de se passer, sous nos yeux, et que nous ne voyons pas.

Nous ne le voyons pas parce qu’en France très peu de gens éclairent réellement le sujet. Et quand le sujet est éclairé le message est immédiatement brouillé par des doubles discours. Philippe Squarzoni éclaire le sujet honnêtement et ça secoue l’honnêteté de nos jours, ça fait tout bizarre. La dernière fois que j’ai ressenti ça c’était avec Les insurrections singulières de Jeanne Benameur et avec Les Fils de la terre aussi, que j’ai du mettre entre les mains de tout le monde. Avec le dernier livre de Naomi Klein aussi. (**)

J’ai été émue parce que moi aussi au début quand j’ai commencé à comprendre - pas seulement avec le cerveau mais avec le coeur aussi - à comprendre et à prendre la mesure du point où nous nous sommes rendus nous-mêmes, moi aussi je ne pouvais plus dormir. On suit donc Philippe, Camille et Mirabelle. Philippe écrit un livre, ce livre, se documente, s’entretient, digère et partage avec Camille, et nous, ses doutes, ses conclusions, son désarroi face à tous nos mythes modernes qui, face à ce qui se tient devant nous, ne servent à rien.

Les voiles tombent, la schizophrénie ambiante est en pleine lumière : tout un monde de fictions où nous avons troqué la liberté contre le confort. Et il fallait au moins ces 500 pages pour passer de l’infiniment grand d’une mutation globable à l’infiniment petit du ressenti d’un artiste. C’est un rythme lent et cette lenteur dans la lecture est aussi précieuse que nécessaire pour intégrer l’urgence. Et l’un des immenses mérites de l’ouvrage est de concilier enfin les deux visages de la crise : le social et l’écologique.

Alors bien sûr j’ai des réserves, une surtout : même si je comprends le pessimisme de l’auteur, je ne le partage pas parce que les solutions existent et que leur intégration est en train de se faire. Pas trop en France, hélas, c’est vrai mais ailleurs, et ce sera l’altruisme (ou le solidarisme dont parle l’auteur) ou rien. Nous sommes en France, c’est normal qu’il soit pessimiste ! Mais je me suis demandée aussi si ce pessimisme n’était pas un “truc” pour faire réagir le lecteur vers l’action, comme le coup de pied au fond de la piscine... Allez savoir avec ces artistes !

Reste que l’histoire c’est nous. C’est le titre d’une chanson de Francesco De Gregori que j’adore la storia siamo noi, siamo noi che scriviamo le lettere, siamo noi che abbiamo tutto da vincere, o da perdere... parce que c’est ça, l’histoire c’est nous, c’est nous qui la faisons.

Merci à Philippe Squarzoni d’avoir répondu à mes questions.

(*) Relire encore et encore Pour sauver la planète sortez du capitalisme, d’Hervé Kempf. (**) Les Insurrections singulières de J. Benameur chez Actes Sud, Les Fils de la terre chez Delcourt/Akata. La Stratégie du choc de N. Klein c’est aussi chez Actes Sud.






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