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(15 juin 2013)

Ralentir : danger ?

On parle beaucoup (ou peut-être pas tant que ça au fond) de la décroissance et du mouvement "slow" (Slow food, slow city...). Ce sont deux tendances à forts points communs et fortes différences, la principale étant que la décroissance remet complètement en question le système cannibalo-capitaliste dominant tandis que le "slow" ralentit tout en restant dans le système. Qui va gagner ? Qui vivra, verra.

En attendant, ça commence à ralentir à tous les étages pour se poser des questions et tenter (de plus en plus) de mettre en place autre chose (lire ici par exemple).

J’aime beaucoup la définition de la technologie de l’architecte suisse Max Frisch, donnée par Susan Maushart : "C’est ce qui nous permet d’organiser le monde de façon à ce que nous ne soyons pas obligés d’y vivre." (p. 260)

Pause, le livre de Susan Maushart, sorti en février dernier, en est un exemple saisissant de libération de l’esclavagisme technologique. Pensez donc, l’auteur, journaliste américaine installée en Australie et mère célibataire de trois adolescents, décide de débrancher toute la maison de toute connexion pendant six mois. Gonflée - surtout quand on voit les doses quotidiennes d’écran livrées aux-dits ados.

Si le style n’a aucun intérêt, le livre a le mérite d’être clair et prenant... Z’y arriveront ? Z’y arriveront pas ? Susan n’a rien du gourou décroissant, mais alors rien, et progresse à petits pas. Mais efficacement. Et au détour des pages, on se prendra quelques gifles salutaires...

"Mes enfants avaient vécu en Australie toute leur vie. Mais, par certains côtés, ils avaient été élevés ailleurs - dans la cité-état supra-nationale prophétisée par M. MacLuhan dans les années 1960 et à laquelle Bill Gates et Steve Jobs ont donné corps dans les années 1990 : Numéritopie, Cyberville, le Village Global, donnez-lui le nom que vous voulez. C’était là, en tout état de cause, qu’ils vivaient aujourd’hui." (p. 73). Comme vous, ces ados sont des natifs numériques.

"La solution est de veiller à ce que nos enfants libèrent leurs mains, et leurs esprits, pour saisir aussi d’autres outils." (p. 49)

Sachez-le : avec l’infrastructure qui va avec, 90% des foyers sont connectés au haut-débit en France où on manque de crèches, d’écoles, d’hôpitaux et de décentes maisons de retraite.

Et on voit donc là dans ces pages avec effroi une famille vivre en état de disponibilité permanente à tout le contenu (ou fatras) possible et imaginable que le cerveau peut absorber. Une sorte de gavage. Vertigineusement écœurant.

Susan ne se prive pas d’aborder des rivages épineux avec des topos historiques bien sentis. Sur l’ennui par exemple (culture ou pas culturel ?), la différence qui tend à disparaître entre temps de loisirs et temps de travail, la réelle mise à l’épreuve du sevrage électronique (que celui ou celle qui ne s’est jamais énervée en attendant quelques minutes sur un site qui rame jette la première pierre...) et surtout la fascinante capacité des natifs numériques à solutionner tous un tas de problèmes virtuels tout en étant passablement handicapés dans la VV (la "vraie vie" pour les nuls).

Pas à pas, la mère et les ados suppriment qui la console, qui l’ordi, qui l’I-truc. Et Susan insiste à très juste titre sur le lien de responsabilité des parents vis-à-vis des enfants : c’est vous, les adultes, qui avez créé ça et qui façonnez les adolescents à votre image... Des jeunes à notre époque pas vraiment utiles à la société qu’il s’agit donc d’occuper à cette période de la vie où les sens et l’esprit sont tellement aiguisés qu’ils ont tant et tant envie de changement, de justice, de justesse... vous vous souvenez ? . Durant le périple, hélas, on ne lira aucune critique sur la façon dont ces gadgets sont fabriqués, ni avec quels matériaux, et pas un mot sur leur coût énergétique. Pas grave. La remise en question est ailleurs : le temps, les relations, les repas (le moment des repas et ce qu’il y a dans l’assiette), la convivialité... et au bout de l’expérience, une très jolie surprise pour cette famille, un vrai changement de vie !

En attendant, la nôtre de famille - passablement déconnectée - part en vacances à la ferme (bio) pour quelques jours alors à bientôt les ami-es !






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Parce qu’elle a plein de tentacules pour toucher et s’intéresser à 1001 choses ! Sa capacité d’apprentissage est étonnante, elle s’adapte et change de couleur plus vite que le vent. Et sa meilleure défense c’est... son encre sépia. Autrefois, quand les écoliers s’en allaient flâner sur les chemins de traverse, dans les encriers l’encre séchait... Mais qui est La Seiche ?