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(21 novembre 2012)

On y va tout droit

Si vous vous en souvenez, en Haïti, au Honduras, au Maroc comme dans plusieurs pays d’Afrique, en 2007, il y eût ce qu’on a appelé "les émeutes de la faim" qui commencèrent au Mexique quand le prix de la tortilla fut multiplié par deux.

Comment, alors que programmes et milliards s’alignent pour éradiquer la faim dans le monde et que nos supermarchés débordent de nourriture, oui comment en est-on arrivé là ? Comment la famine peut-elle encore sévir au point que les gens sont prêts à se battre pour pouvoir manger ?

En effet, en deux ans, les prix du blé, du maïs, du riz et du soja ont flambé pour diverses raisons, faisant chuter les réserves mondiales à 45 jours. Comprendre : il y a manger pour un mois. Pas plus.

Une des causes majeures des fluctuations des prix est la spéculation - spéculation d’autant plus intense sur le maïs que, une fois transformé, il est de plus en plus utilisé comme combustible pour faire tourner... les voitures américaines à moindre frais que le pétrole de plus en plus cher. Ce qu’on enlève de l’assiette des uns passe donc dans le réservoir des autres.

Autre catastrophe : la hausse de la consommation mondiale de viande (poussée par l’industrie de la viande). Un Européen consomme 80 kg de viande/an (trois fois plus qu’avant-guerre), un Américain 120, un Indien 2-3. Les pays émergents veulent prospérer en suivant le modèle américain et... veulent de la viande ! Ce n’est plus une question de pauvreté c’est une question de culture, une culture qui s’aligne partout de plus en plus sur ce modèle américain dominant... Donc de la viande tout le monde en veut sauf que pour nourrir les animaux, il faut... des céréales... qui sortent donc de l’assiette des gens pour aller dans l’estomac des futurs steak que bien peuvent se payer.

Autre point : l’extension urbaine galopante partout, les paysans dont l’agriculture traditionnelle n’est pas valorisée qui se réfugient en ville et donc du bétonnage pour créer des logements, des routes, etc.,... sur des terres arables.

Certes, entre 1950 et aujourd’hui, le rendement de l’hectare a triplé... mais les sols sont épuisés, les nappes phréatiques et aquifères asséchés, les liens entre diverses maladies et la qualité de l’alimentation industrielle de plus en plus évident (source ?)... Bref une politique agricole de quelques pays complètement déconnectée des besoins de la société (des vrais gens) et des cycles naturels de la l’agriculture.

Pour des organisations de terrains comme La Via Campesina, il semble assez clair cette crise alimentaire a servi de prétexte pour poursuivre ce qui a mené à cette crise : dévalorisation des pratiques agricoles traditionnelles, extension des agro-carburants et de l’élevage, standardisation... En décembre 2009, pas un chef d’État ne prit la peine d’aller au sommet mondial de la FAO (Food and Agriculture Organization) pour se pencher sur le milliard d’êtres humains menacés par la faim.

Tout ça, et plus encore avec les exemples saisissants de la Chine et de l’Argentine, est expliqué avec limpidité dans ce documentaire.

Comme le dit un des intervenants, à quand "une agriculture à haute densité environnementale" ?

Ma seule critique de cet excellent documentaire est que la baisse des ressources en pétrole n’y est pas évoquée... or toute cette hyper-productivité et cette agriculture intensive n’ont été - et ne sont - possibles que grâce à ce carburant à l’époque abondant et peu cher. Mais on arrive aux limites - le pic de la production pétrolière ayant eu lieu en 2006 (selon l’Agence Internationale de l’Energie), nous avons donc amorcé la pente descendante. Le blog Oilman est centré sur cette grave problématique.

Si vous préférez lire que voir, un ouvrage vraiment remarquable de l’agronome Marc Dufumier, brosse un portrait saisissant de la situation agricole et alimentaire mondiale.

"On pense que l’agriculture est un sujet uniquement technique. J’ai voulu montrer avec ce livre qu’il est à la source des grandes questions actuelles sur l’environnement, la santé, le chômage ou les phénomènes migratoires, et donc que les politiques agricoles ne peuvent plus être confisquées par des experts ou des lobbies." (p. 10)
La conclusion du livre rejoint celle de nombreux autres experts : il y a de quoi manger pour tous, à condition d’aller vers des pratiques intelligentes, "à haute valeur environnementale", comme l’agroécologie.

Alors... est-ce que la crise alimentaire de 2007 c’est du passé ? Bien sûr que non !

Cultivez vos légumes (même en ville vous pouvez avoir les mains dans le bac), encouragez les circuits courts, arrêtez la viande industrielle.






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