Dans l'océan du net, des chroniques et plus de 1000 adresses fiables, éthiques et bio.



(25 janvier 2012)

Offrande et libre accès - la force du don

Satish Kumar est Indien, né au Rajasthan en 1936. Ancien moine jaïn, il quitte les ordres pour contribuer au travail de Gandhi avec Vinoba Bave puis rencontrera Martin Luther King, Krishnamurti, Bertrand Russel ou encore Ernst Schumacher (celui de Small is beautiful). Actuellement installé en Angleterre, il est éditeur et rédacteur en chef de la revue Resurgence. Son autobiographie est parue l’hiver dernier chez Belfond, Tu es donc je suis.

Je n’ai pas encore terminé le livre mais en pleine guerre informatique, pirate, pas pirate, propriété intellectuelle ou pas, en partisane de l’accès libre je ne résiste pas à partager cette page épatante.

"Jésus, Bouddha, Mahomet ou Mahâvîra nous ont guidés. Vâlmiki, Shakespeare, Tolstoï, Jane Austen et bien d’autres auteurs nous ont inspirés. Les vies du Mahatma Gandhi, de mère Teresa et de Martin Luther King nous ont servi d’exemples. Aucun d’eux ne quêtait la gloire, la fortune ou le pouvoir. Bouddha ne réclamait pas de droits d’auteur à ceux qui propageaient ses idées, et Shakespeare n’a jamais touché de royalties sur ses œuvres. Depuis l’aube des temps, nos cultures et nos traditions nous ravissent. La musique, la peinture, l’architecture ou l’artisanat nous transportent d’émotion ou d’enthousiasme. Venues d’un pays lointain ou d’une époque révolue, ces œuvres sont autant de cadeaux dont nous profitons à titre gratuit.
Nous sommes donc nourris par la société. Et j’aime penser que nous la nourrissons en retour : nous offrons notre travail, notre créativité, notre savoir-faire, nos talents d’éleveur, de cuisinier, d’agriculteur ou de bâtisseur aux générations présentes et futures.
Ceux qui gardent cette pensée à l’esprit ne ressentent pas leur travail quotidien comme un fardeau ou une obligation. Nous ne sommes même pas réellement acteurs de notre travail : il nous traverse, il emprunte nos mains, notre intelligence, notre imagination ou nos compétence, mais il ne vient pas de nous. Car nous ne sommes pas propriétaires de nos capacités physiques et intellectuelles : elles nous ont été transmises et nous les transmettons à notre tour. Nous sommes les maillons d’une gigantesque chaîne humaine, un fleuve ininterrompu de savoirs et de connaissances.
Que serait un fleuve sans ses affluents ?
Chacun de nous contribue au grand fleuve de la culture et des traditions humaines. Si certains affluents cessent de se jeter dans le fleuve, s’ils deviennent égocentriques et individualistes, s’ils posent des conditions avant de se mêler aux autres rivières, ils provoqueront l’assèchement du grand fleuve. Pour que les fleuves soient abondants, leurs affluents doivent les rejoindre sans réticence.
Il en va de même pour les activités artistiques et créatrices : nous ne devons pas les retenir ni les refuser au grand fleuve de la culture mais les offrir de manière inconditionnelle. C’est le principe du dâna. Et c’est ce qui permet aux civilisations de se perpétuer et de se régénérer."

On pourra sans peine étendre la métaphore du fleuve à sa réalité et à l’actuelle pollution sans précédent des nappes phréatiques (1) doublée d’une dépopulation des océans (2).

Le sous-titre du livre est "Une déclaration de dépendance".

Évidemment, dans un monde ultra-marchand là tout de suite comme ça ce n’est pas facile mais... pas impossible. Cela suppose "juste" de revoir complètement son cadre habituel de pensée de A à Z, de faire au moins une expérience de solidarité réelle, d’apprendre à se désintéresser des fruits de ses actions avec lucidité mais sans naïveté et de garder bon moral face à tout ce qui chaque matin vient tenter de nous détourner de notre objectif... Trop facile !
Il n’empêche : nous sommes quelques milliers de millions de dingues d’un peu partout à essayer, des paysans aux artistes en passant par des entrepreneurs et, croyez-moi, Hercule et ses travaux à côté c’est nada !!!

(1) Pour protéger les nappes phréatiques de la pollution de sols due à l’agriculture intensive, des parcs "naturels" hydrogéologiques sont même créées (voir CNRS).
(2) Les océans se vident dramatiquement de leurs poissons (lire entretien de Daniel Pauly).
Pour ce qui est de l’assèchement culturel et artistique par surexploitation du droit d’auteur, on lira avec bonheur Free Culture de L. Lessig.






Twitter FacebookRSS

Ce site est proposé par

Cliquez ici pour voir tous nos livres.
<p>Mes adresses, trucs, conseils</p>
C'est La Seiche qui pèche !
Dans l'océan du net plus de 1000 adresses fiables, éthiques et bio.


Zoom de la semaine

Rencontres avec des passionnés

Et pourquoi une seiche ?

Parce qu’elle a plein de tentacules pour toucher et s’intéresser à 1001 choses ! Sa capacité d’apprentissage est étonnante, elle s’adapte et change de couleur plus vite que le vent. Et sa meilleure défense c’est... son encre sépia. Autrefois, quand les écoliers s’en allaient flâner sur les chemins de traverse, dans les encriers l’encre séchait... Mais qui est La Seiche ?