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(24 juin 2011)

Je veux savoir la fin !

Il y a des décennies que je ne lis plus de roman policier... Aux premiers pas de l’ère dite adulte, j’étais capable d’engloutir sans broncher polars et thrillers à la queue-leu-leu avec une préférence marquée pour la plume de Chesbro, Izzo, Jean-Bernard Pouy, Léo Malet, Scerbanenco et autre Camilleri (surtout pour les recettes j’avoue).
Je me souviens d’un hiver où j’ai lu à peu près tous les Mary Higgins Clark suivis de tous les Ludlum (ou presque) puis de l’intégrale de Chesbro jusqu’aux Bêtes du Whalala. C’était facile et toujours mieux que la télé. Jusqu’à la nausée.
Etait-ce après ça ou après Le Silence des Agneaux (à moins que ce ne soit Seven) que je suis arrivée à saturation totale ? En livre ou en film, je ne pouvais plus. Dégoût de ces images malsaines, de ces crimes crapuleux, de ces univers glauques, de ce catalogue de perversions. La violence ne me relaxait plus. Et le côté dénonciateur du genre m’échappait de plus en plus car, au fond, tout cela n’allait jamais finalement plus loin qu’un coup d’épée dans l’eau.
Je ne sais pas si le même phénomène se produit chez tou-tes mais avec l’âge je me re-sensibilise... Depuis dix ans je n’ai pas ouvert un seul polar - avec une exception pour Fred Vargas lue du bout des doigts mais avec plaisir et seulement parce que j’étais amoureuse d’Adamsberg (ou plutôt de son sosie dans la vie). Quant à Millenium, je me suis approchée de la pile une ou deux fois sans jamais craquer. C’est un peu comme la viande industrielle, un jour je n’ai plus pu me nourrir de ça.
Mais comme on m’en a gentiment envoyé un exemplaire, je me suis fait un devoir de lire dimanche dernier Semences de Fran Ray, un polar sur les OGM qui fait, parait-il, un tabac en Allemagne.
Bien entendu, j’ai sauté les pages décrivant les ignobles crimes et me suis concentrée sur l’enquête censée les élucider. On y trouve tout : un écrivain à succès dont la femme s’est soit-disant suicidée, des médecins, des journalistes, une inspectrice bougonne, quelques bons vins, un autopsie, une bibliothécaire dingo en prison et une conjuration terrifiante, le tout porté par un style... inexistant. L’auteure s’est documentée : la très réelle banque de semences Svalbard Global Seed Vault n’est pas en Norvège mais au Canada (financée par un pro de l’informatique comme la Fondation Bill Gates finance le Vault), Montsanto s’appelle Edenvalley, l’amarante résistante au Round up devient une variété d’armoise. Au bout de 500 pages, la course poursuite à travers l’Europe démasque les coupables (deux femmes) en se terminant par le massacre d’un ours blanc. Comble de la farce (bio), le papier n’est pas recyclé. Un polar écolo ? Que nenni, un vrai coup de DD dont je me demande s’il travaillera pour ou contre la prise de conscience de l’horreur OGM.
Et pourtant, malgré tout, je l’ai lu jusqu’au bout... en me demandant bien pourquoi ? Parce que je veux savoir la fin pardi !!!
C’est fou comme nous sommes gourmands de connaître la fin des fictions, nous qui avons tellement peur de la mort - cette fin certaine que nous connaissons et qui nous terrorise encore tant ! Comme nous avons peur de la moindre forêt profonde alors que nous pouvons lire sans sourciller d’atroces descriptions ? Et comme il me semble étrange de vivre la fin d’un monde, cette immense extinction d’espèces actuelle doublée de tous les bouleversements graves que l’on connait, tout ceci qui sera notre fin si nous ne changeons pas de cap immédiatement. Une fin dont tant de gens détournent encore les yeux.
L’un des noms de cette fin est Fukushima.

Semences, Fran Ray, Albin Michel, 2011.






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