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(20 janvier 2013)

Ce qui se dit et ce qui se voit si peu (de Finlande)

J’ai lu récemment des choses pénibles sur la Finlande, notamment depuis que les Vrais Finlandais ont fait leur apparition officielle sur la scène politique.

Les épisodes racistes qu’on peut compter en Finlande, les réticences, les difficultés d’intégration (dues notamment à la grande complexité de la langue), tout cela existe et c’est évidemment plus que déplorable. Mais c’est tout de même par ailleurs un pays qui finance les arrivants étrangers pour les aider, justement, à s’intégrer.

Il faut savoir que la Finlande n’a jamais colonisé personne, ce n’est pas un empire, pas de tradition aristocratique, petit pays, récemment urbanisé, forestier, méritant, travailleur, tenace, à l’esprit pratique et terriblement efficace sur bien des points, faisant des erreurs (notamment sur son évaluation du nazisme pendant quelques mois) et capable de repousser l’armée rouge à lui tout seul, quand même. Aussi, aux dernières élections présidentielles de 2012, se trouvait face au vainqueur de droite (l’actuel président Sauli Ninistö), Pekka Haavisto, écolo et ouvertement gay. Serait-ce seulement possible en France ? Bref, ce n’est pas le Paradis la Finlande, mais ça se situe sur une ligne historico-sociale rudement intéressante.

Pas le Paradis, parce que ça caille et que si le jardin d’Eden s’était situé dans le Grand Nord, Adam n’aurait probablement été que peu tenté par une Eve en doudoune et moon-boots.

Pas le Paradis parce qu’ici aussi il y a des catastrophes écologiques majeures dont on ne vous aura pas beaucoup parlé en France ni ailleurs.

La fuite s’est produite l’hiver dernier dans la région centre-est, à Sotkamo, dans la mine de nickel de Talvivaara. Il semble que des milliers de mètres cubes d’eau contaminée de nickel et d’uranium soient pollués, et passés dans les rivières avoisinantes, et donc les sols, les cultures, etc.

En Finlande comme ailleurs, on supprime bien des choses utiles, comme les comités régionaux indépendants de l’environnement chargés il y a encore peu de surveiller les infrastructures potentiellement polluantes. Dont les mines font partie. Celle de Talvivaara est ancienne, un incident avait déjà eu lieu quelques semaines avant (source). On peut lire un rapide compte-rendu ici et un historique des actions de la compagnie Talvivaara - associée à des grosses et juteuses exploitations, notamment avec Cameco au Canada (ici).

C’est un peu comme à Bhopal - toutes proportions gardées : les équipements vieillissent, les lois ne sont pas respectées, les alertes pas écoutées et l’incident est là même si la corruption relativement faible du pays incite à espérer que cet accident soit traité au mieux pour les populations. Où et quand le prochain en Europe ?

Donc voilà, de la Finlande on vous parle quasiment exclusivement du super niveau d’éducation et de "la montée" du racisme, mais Talvivaara, nada.

Et le racisme ? Et le fascisme ? Qu’en dit-on ?

Samedi dernier, il y a eu à Tampere (2e ville du pays) une manifestation de protestation contre ces deux fléaux. Tampere a été avec Londres, Dublin et Derry (Irlande), Barcelone et Ossona (Catalunya), Lyon, Chicago et New York, l’une des villes à dire non.
A ne pas faire semblant de ne pas voir.
Parce que racisme et fascisme ne montent pas : ils sont là.
Et ils sont d’autant plus là que la crise financière n’en finit pas de s’intensifier, alimentant toutes les peurs et les haines, l’humain étant on le sait assez fort peu enclin à l’altruisme quand il a la trouille et qu’on lui flatte la testostérone.

Jusqu’à il y a quelques jours, je pensais aussi que le fascisme "montait" en Grèce, jusqu’à ce petit montage coup de poing, "Hélas pour nous". Le fascisme qu’on voit là, c’est son visage le plus nu, le racisme de crise assoiffé de boucs émissaires, triste corollaire du fascisme global porté par toutes les mécaniques mortifères actuellement à l’œuvre dans le monde. De IG Farben, à Bayer à Monsanto. On ne pourra vraiment pas dire qu’on ne savait pas.

Alors même si se dire anti-fasciste ne rime à rien sans bosser d’arrache-pied à tout ce qui peut changer l’infernale logique qui nous maintient dans ce manichéisme depuis des décennies, même si je le sais très bien, pour une fois, micro-grain de sable, j’étais contente d’en être samedi dernier avec les 200 ou 300 personnes qui avançaient péniblement dans le froid de Tampere en solidarité avec les Grecs qui faisaient d’Athènes une ville anti-fasciste, dans cette micro-foule où se mélangeaient jeunes socialistes venus d’Helsinki, écolos, communistes, hippies, libertaires, black bloc en puissante et parents à poussette.






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