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Xavier Rabilloud, Réseau "Sortir du nucléaire"

(modifié: janvier 2012)

Malgré Fukushima en mars 2011, le nucléaire est encore en France le fait du Prince. Alors que nous prenons du retard sur la transition énergétique, un certain brouillard entoure toujours la question de la vétusté des installations et, par conséquent, celle de notre sécurité (1). Responsable des publications du Réseau "Sortir du nucléaire", Xavier Rabilloud a coordonné un formidable petit livre vert. Nous lui avons posé quelques questions.

>> Quelles sont les principales résistances que vous rencontrez pour faire passer votre message de sortie du nucléaire ?

La catastrophe de Fukushima nous a malheureusement donné raison une fois de plus, et la conscience du danger que le nucléaire fait peser sur nos concitoyens et sur les territoires est largement répandue parmi la population - malgré le travail de propagande incessant du complexe industrialo-étatique du nucléaire français, qui martèle son message sur la prétendue "sûreté" des réacteurs de l’Hexagone.
C’est bien évidemment cette propagande, ressassée depuis des décennies et appuyée sur des budgets colossaux qui se comptent en dizaines de millions d’euros au bas mot chaque année, qui est l’obstacle majeur à notre message.
Le lobby nucléaire consacre actuellement plus particulièrement ses offensives à discréditer la perspective d’une sortie du nucléaire, en tentant de la faire passer pour une rêverie irréaliste ou un choix industriel et économique catastrophique. Alors que c’est tout l’inverse ! Depuis l’accord politique intervenu en 2000 pour s’engager dans la sortie du nucléaire (et re-confirmé à l’horizon 2022 après Fukushima), l’Allemagne a créé en 10 ans pas moins de 370 000 emplois dans les énergies renouvelables et environ 150 000 emplois dans les économies d’énergie (statistiques officielles).
Pour la France, l’économiste Philippe Quirion, dans une étude menée pour le WWF, a quantifié à 684 000 le nombre d’emplois supplémentaires qui seraient créés par une politique de sortie du nucléaire, par rapport à une politique de maintien du nucléaire, tout en réduisant fortement nos émissions de gaz à effet de serre.
Par comparaison, un rapport parlementaire de 1998, rédigé par deux éminents pro-nucléaires, indiquait que le nucléaire ne génère qu’environ 120 000 emplois directs et indirects. On est très loin des délires de l’industrie nucléaire, malheureusement largement relayés avec complaisance par les principaux médias : soi-disant près de 500 000 emplois selon Areva, et... 1 million selon Henri Proglio, le PDG d’EDF, dont Anne Lauvergeon (ex-PDG d’Areva) a dit qu’il avait "fumé la moquette" ! (les chiffres précédents montrent bien qu’elle l’a fumée également). Sur un plan économique plus large, les experts de l’association Global Chance, indépendants de l’industrie nucléaire et de l’État, ont calculé qu’une politique de sortie du nucléaire coûtera plusieurs dizaines de milliards d’euros de moins qu’une politique de maintien du nucléaire (qui exigera des investissements colossaux pour rafistoler les réacteurs vieillissants et en construire de nouveaux).
Ces vérités-là, les principaux médias ne les relaient pas, ou de façon très minoritaire. Parce qu’ils sont dépendants de la publicité, or EDF et Areva comptent parmi les annonceurs importants. Parce qu’il y a une forte imbrication entre le monde des médias et celui de la politique d’une part, et entre les plus hautes sphères de l’État et l’industrie nucléaire d’autre part, donc les pressions sont fortes, y compris en provenance de l’Élysée, lorsqu’il s’agit de nucléaire.
La classe politique est globalement très en retard sur la population quant aux enjeux écologiques en général, et à la question nucléaire en particulier. Les questions écologiques et énergétiques sont complexes, nombre de journalistes parent au plus pressé et choisissent la facilité en relayant les arguments pré-mâchés du lobby nucléaire, qui consacre de gros moyens pour les leur mettre à disposition.

>> Vous avez coordonné "Sortir du nucléaire... c’est possible !" paru cet hiver. Selon vous, qu’est-ce qui le différencie des nombreux ouvrages existants sur la question (la société post-pétrole, les dérives et absurdités du nucléaire, etc.) ?

La quasi-totalité des livres consacrés à la question nucléaire, y compris ceux parus récemment, se focalisent sur les dangers et défauts majeurs de cette énergie. Sont l’exception les quelques livres qui s’attachent avant tout à expliquer la faisabilité de la sortie du nucléaire, bref que "sortir du nucléaire, c’est possible", comme l’indique le titre même de notre livre. Bien sûr, dans une courte première partie, nous rappelons certains des principaux arguments contre le nucléaire, avec des informations actualisées, précises et pour certaines fort peu connues. Mais nous consacrons la majorité de l’ouvrage à expliquer par le menu comment on peut sortir du nucléaire, en exposant très simplement les principes d’ensemble, en proposant un panorama des énergies renouvelables, et en présentant plusieurs scénarios de sortie du nucléaire. C’est un livre qui est porteur de propositions et de perspectives positives.
Autre spécificité de l’ouvrage, nous avons apporté un soin particulier à rendre son propos très clair et très accessible, lisible par quiconque ne connaîtrait rien aux questions énergétiques. La lecture est facile et rapide, mais l’on en ressort en ayant appris et compris beaucoup de choses, c’est en tout cas un avis à peu près unanime des nombreux lecteurs qui ont bien voulu nous transmettre leurs impressions. Dans le même temps, nous fondons nos arguments sur des informations précises et étayées, que le lecteur, même sceptique, peut vérifier ou approfondir s’il le souhaite, puisque nous précisons toutes nos sources.

>> Nous sommes à une époque où l’hyper-personnalisation est très forte. Or, dans le Réseau "Sortir du nucléaire", c’est quelque chose que les membres ne souhaitent pas encourager. Pouvez-vous expliquer pourquoi cette réserve ? Et du coup, est-ce que ce choix est un frein ou un plus dans votre manière de mener des actions ?

Le Réseau "Sortir du nucléaire" est une fédération de plus de 900 associations et 56 000 personnes, implantée sur le terrain un peu partout en France. C’est ce qui fait notre force. Le Réseau porte des positions qui sont majoritaires dans l’opinion publique, même si les médias dominants et les principaux partis politiques ne prennent pas cette réalité en considération.
La multiplicité du porte-parolat dans le Réseau, au niveau national comme au niveau local, est le reflet de la diversité de la fédération, de son implantation locale. Elle évite que les positions antinucléaires soient occultées par l’hyper-personnalisation que favorisent les médias, notamment la télévision ; elle évite que nos positions deviennent assimilées à une personnalité, qui prendrait le pas sur les positions de fond.
Nous nous inscrivons donc à contre-courant de ce que l’on observe dans le champ politique, notamment avec l’exemple typique des élections présidentielles, où l’on voit bien que le jeu médiatique valorise la personne du candidat, ses petites phrases et ses positions personnelles, au détriment des programmes et positions élaborées collectivement par un parti.
Certes, ce choix de fonctionnement n’est pas le plus simple vis-à-vis des médias, car il peut perturber certaines habitudes installées. Mais cela ne nous empêche pas d’être de plus en plus reconnus comme des interlocuteurs de premier plan sur la question nucléaire, fiables et crédibles. Dans le même temps, cela nous permet une souplesse et une réactivité accrue, pour mettre en contact par exemple un média régional avec un militant proche d’un site nucléaire donné, ou pour fournir à un journaliste dans de brefs délais un décryptage sur telle ou telle question précise, en fonction de l’expertise particulière des différents porte-parole.

(janvier 2012)
Site Réseau "Sortir du nucléaire"

(1) Dans son rapport du 3 janvier 2012, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a annoncé sans rougir que la France devait investir plusieurs milliards d’euros (pris où ?) pour rénover d’urgence des installations paradoxalement présentées comme sûres (lire ici).






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