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Alain Hervé - sauvage permanent

(modifié: mai 2012)

C’est plutôt rare pour une comme moi qui n’a aucun goût pour les réseaux sociaux et aucun talent relationnel.
Oui, les vraies rencontres virtuelles (?) sont plutôt rares.
L’homme je ne le connais pas mais je sais que l’auteur s’appelle Alain Hervé. Je ne l’ai jamais vu et j’ignorais crassement qu’il avait fondé les Amis de la Terre en France, qu’il anime Le Sauvage depuis des années et qu’il a fait des tonnes d’autres choses passionantes.
La première fois que je l’ai croisé sur la toile, c’était à cause des palmiers.
Car Alain Hervé est un fou de palmiers et moi j’adore ça, les palmiers. Et les fous.
La seconde c’est à cause d’un édito sur le site des JNE que j’ai trouvé limpide et vrai.
Alors, forcément, j’ai eu envie de mieux le connaître, j’ai remisé ma timidité. Et depuis que j’ai terminé son livre, Merci la Terre, j’ai découvert ce que je n’avais pas ressenti depuis bien longtemps : la jalousie littéraire. Parce qu’il arrive dans ce livre à dire des choses très simples mais qui demandent tellement d’espace avec très peu de mots !
Voilà, nous en sommes là de notre rencontre. Vous savez tout.

Comment ça vous est venu l’écologie ?

> Je suis né avec la marée en bord de mer de la Manche. J’ai fréquenté dès ma prime enfance le sable et le granit des îles Chausey, théâtre géologique des plus grandes marées d’Europe. J’appartiens à une famille de marins. A trente trois ans, je suis parti en voilier parcourir lentement ma planète pendant trois ans de 64 à 67. Je suis rentré amoureux des îles, des San Blas aux Marquises, des océans, des animaux et des peuples qui avaient encore échappé à nos modes de vie.

> J’avais fait des études de philo à la Sorbonne avec Bachelard, j’avais lu Defoe, Melville, Gascar, Conrad, Giono, l’Orlando de Virginia Woolf… J’étais journaliste de grand reportage à Réalités. Je suis rentré fin 67, encore comme journaliste à la FAO à Rome. J’en ai démissionné au bout de sept mois en profond désaccord avec leur politique néocoloniale de développement du tiers-monde. Je suis d’abord venu à l’écologie par les mains et les pieds si je puis dire, beaucoup plus tard avec la tête.

Et fonder la section des Amis de la Terre - France ? Vous étiez déjà impliqué dans l’association mère ?

> Au cours d’un reportage à New–York pour Réalités, j’ai rencontré des représentants de Friends of the Earth. Je ne m’étais jamais impliqué en politique, sinon pour voter Rocard. J’ai été immédiatement séduit par leur philosophie et par le titre de leur journal : Not man apart. L’homme n’est pas à part. Cette formule reste pour moi le fondement de ma démarche écologique. Je regrette qu’Eva Joly n’ait pas compris que « l’homme n’est pas à part ». De retour à Paris, j’ai rencontré le représentant de FOE pour l’Europe, Edwin Matthews. J’ai déposé en préfecture les statuts de l’association des Amis de la Terre avec un comité de parrainage qui comprenait Lévi-Strauss, Marguerite Yourcenar, Christiane Rochefort entre autres et créé son journal le Courrier de la Baleine. Je pensais que l’écologie deviendrait un mouvement populaire comme le Touring club de France. Ce ne fut pas le cas. Au bout de deux ans je laissai la place à Brice Lalonde qui arrivait de mai 68 et était bien meilleur que moi pour animer la militance. Je voulais lancer un journal écologique de diffusion nationale.

Aujourd’hui, quelle est l’efficacité de cette association ?

> Je crains qu’elle ait perdu la spontanéité de ses débuts.

Qu’est-ce que c’est le Sauvage ?

> C’était un ambitieux projet que j’ai soumis à Claude Perdriel, le patron du Nouvel Obs et à Jean Daniel. Je fus soutenu par Philippe Viannay, et par Edouard Goldsmith qui avait déjà lancé The Ecologist en Grande Bretagne. Après un an de collaboration au NO, on me demanda de sortir un Spécial Ecologie. Nous étions en 1972, le mot d’écologie était encore très peu utilisé et compris. Ce fut un succès : 250.000 exemplaires vendus. Nous publiions pour la première fois le rapport Meadows sur les limites de la croissance. On décida alors de sortir Le Sauvage en 1973. Avec un tirage de 45.000 ex. il dura neuf ans et quitta le NO en 1981. On peut lire l’histoire du Sauvage et de ses collaborateurs sur le site de son actuelle version sur Internet : lesauvage.org. Pendant neuf ans nous avons donné la parole à des centaines d’expérimentateurs et de penseurs. Nous avons publié des milliers de petites annonces gratuites du vivre autrement.
Nous avons participé très activement à la campagne de René Dumont en 1974. Nous avons toujours associé écologie et culture et nous continuons dans notre nouvelle formule.

Selon vous, en quoi les problèmes d’environnement et de société sont-ils étroitement liés ?

> Je répète : Not man apart. Je considère que l’écologie apporte une découverte sur la spécificité de l’animal humain telle qu’il n’y en pas eu depuis Darwin. L’homme est ce bizarre mammifère qui, équipé d’un cerveau surdimensionné, doit maîtriser ses capacités prédatrices et gérer le vivant. Il faut me semble-t-il penser écologique avant de penser social. L’un détermine l’autre. Ce qui ne signifie pas que l’écologie néglige le social. Mais il faut bien voir que le social s’effondre lorsque l’écologique s’effondre. On ne peut pas répartir le poisson péché dans la mer lorsqu’il n’y a plus de poisson…

Pourquoi l’écologie est-elle si peu convaincante en France au point que nous sommes un des rares pays d’Europe où la part des Energies Renouvelables diminue ? (1)

> Je crois que la France continue de vivre dans un mirage croissansiste. Nous avons inventé des mirobolantes entreprises : le Concorde, le Plan Calcul, le Nucléaire… condamnées par leur démesure. Nous méprisons les solutions douces, lentes, progressives. Nous nous prenons encore pour des Hercules avec nos Polytechniciens et nos Normaliens. Je crains que droite ou de gauche nous n’élisions un Président Sisyphe. La France vit avec une posture intellectuelle du XIXe siècle.

Dans l’esprit de beaucoup de gens, l’écologie est juste une option, un truc sympa mais pas sérieux... Il y a souvent beaucoup de confusions et une assimilation de l’écologie à une mode, celle du "bio" par exemple. A votre avis pourquoi ?

> L’Occident a mis longtemps à accepter les hypothèses darwiniennes. Nous en sommes au même point avec l’écologie. Cependant la conversion des mentalités progresse en profondeur dans la tête des gens.

Quel est le domaine des alternatives qui vous passionne le plus ?

> Tous : les énergies douces, l’agriculture non chimique, l’habitat isolé thermiquement, la décentralisation culturelle, le repeuplement des campagnes, le développement des transports collectifs, la limitation des naissances…

Pour garder le moral, j’aime bien regarder ce qui se passe ailleurs dans le monde, les initiatives positives, les décisions motivantes, les avancées... et vous, qu’est-ce qui vous inspire ?

> J’admire les marcheurs à pied. Ce sont pour moi les humains les plus intéressants. Ils réalisent un matin que ça sent le renfermé. Ils partent avec un petit sac découvrir les levers de soleil sur le Kalahari ou manger avec leurs semblables en Ouzbekistan. Nous sommes de passage sur cette planète, allons la voir, voir la vie.

PS. Je ne sais pas si ça vous conviendra. J’aurais pu dire les choses autrement dans un instant, emporté par la vague alcaline de la digestion ou déprimé par les perspectives politiques de l’immédiat.



(1) En France, pour ne citer qu’un exemple, la part des énergies renouvelables recule (source).






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