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Marie Pinguet - en équilibre

(modifié: juillet 2012)

Il y a quelques années, Marie et moi nous sommes croisées à un cours de danse orientale. Toutes deux en recherche, en quête de nature, d’authenticité, de beauté... nos chemins bien sûr ont pris des formes différentes. Comme elle habite une grande ville et maintient toujours très vivante en elle sa recherche, j’ai trouvé intéressant de lui poser quelques questions sur sa façon de concilier tout ça.

As-tu toujours voulu être danseuse ? Quel a été le déclic ?

> Je ne me souviens pas m’être dit un jour : « Je veux être danseuse ! ».
J’ai commencé la danse classique très jeune, comme de nombreuses petites filles de mon âge, à la différence près que je n’ai jamais arrêté ! Après toute une scolarité en horaires aménagés, je me suis tournée vers la danse contemporaine et j’ai intégré le CNSMD de Lyon.
Jusque là, tout s’était tellement (bien) enchaîné que je ne m’étais jamais posé consciemment la question du choix. Si ce n’est après mon bac, où le goût des études littéraires a failli avoir raison de ma « vocation » de danseuse… mais intégrer une classe prépa était vraiment trop radical, m’éloignait trop de mon chemin, probablement.
Depuis, je n’ai eu de cesse de me nourrir d’autres pratiques liées au corps : tango argentin, shiatsu, chant lyrique... Longtemps, j’ai culpabilisé de ne pas m’engager dans une seule voie, persuadée que c’était la clé d’une certaine « réussite ». J’avais la sensation d’être trop gourmande, de m’éparpiller… Aujourd’hui, je suis plus sereine avec cette question de la vocation, et je fais clairement la différence entre « réussite » et « réalisation ». Je ne papillonne pas, je butine ! Je fais mon miel…

Depuis combien de temps participes-tu à la compagnie des Souffleurs ? Pourrais-tu présenter ces actions poétiques urbaines ?

> Cela fait un peu plus de deux ans que j’ai rejoint le collectif des Souffleurs, commandos poétiques. C’est un vraiment un bonheur d’avoir rejoint cette aventure si singulière.
Les Souffleurs existent depuis 10 ans, c’est un collectif d’hommes et de femmesréunis autour d’Olivier Comte. Dans une tentative de ralentissement du monde, nous chuchotons des secrets poétiques, philosophiques et littéraires à l’oreille des gens, à travers de longues cannes creuses que nous appelons rossignols.
Il y a 3 ans, les Souffleurs ont lancé la Folle Tentative d’Aubervilliers, commune où ils sont en résidence. Parmi nos actions de poétisation du territoire, ont eu lieu notamment :

- des pratiques de l’effraction de la parole dans les établissements scolaires : dans le plus grand secret, les Souffleurs font irruption dans les salles de classe où ils se déploient silencieusement et tendrement parmi les professeurs et les élèves médusés, à qui ils offrent une parenthèse poétique.

- Rue silencieuse : le 16 décembre 2010, avec la complicité des habitants mobilisés pour ce projet, nous avons rendu silencieuses 4 rues du centre-ville d’Aubervilliers entre 7h et 8h du matin, soit en pleine « heure de pointe ». Modifiant légèrement les indices du monde (bruit, carbone, tendresse collective…) sans pour autant perturber la circulation des automobilistes partant travailler, nous étions environ 200 à pousser les voitures sur quelques centaines de mètres.

- Conseil municipal extraordinaire : le 20 octobre 2011, sous l’impulsion des Souffleurs, le maire d’Aubervilliers avait inscrit à l’ordre du jour du conseil municipal la phrase attribuée à Shakespeare : « Ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas commencé par le rêve. » La salle était exceptionnellement pleine, et les débats étaient orchestrés par Stéphane Hessel, citoyen d’honneur de la ville, qui fêtait ce jour-là ses 94 ans.

- et dans l’ombre, moins spectaculaires mais tout aussi engagés, les commandos : chuchoter nos trésors poétiques sur les marchés, dans les cités, dans le hangar des éboueurs avant leur départ matinal…

Comment ta pratique de la danse s’enrichit-elle de ce travail ? De ta pratique du shiatsu aussi ?

> Je ne saurais répondre… En fait ces pratiques s’influencent et se nourrissent les unes les autres. Ce qui les relie : une qualité de présence et d’écoute à soi autant qu’à l’autre, une conscience aiguisée du corps, un rapport serein au silence et à l’immobilité.
Et puis bien sûr : le souffle ! Sous toutes ses formes : le chuchotement du souffleur, larespiration du dan seur, le « qi » (ou « chi », signifiant littéralement « souffle » et plus communément appelé « énergie ») en shiatsu.

Quelle est ta façon d’aborder l’écologie ?

> En cultivant l’émerveillement ! Je pense à un poème de Philippe Jaccottet dans son recueil Et, néanmoins, qui dit, parlant d’une touffe de violettes : « […] un bref instant, elles m’auront désencombré la vue. » Je crois que tout part de là : du regard porté sur les choses, sur les gens.
Bien sûr, la médecine traditionnelle chinoise - ancrée dans la philosophie du tao - ainsi que la pratique du shiatsu ont beaucoup influencé ma vision du corps, indissociable de l’environnement dans lequel il s’inscrit, entre ciel et terre. La vision orientale de la santé part déjà de ces deux constats : quel air je respire ? qu’est-ce que je mets dans mon assiette ? Deux préoccupations écologiques majeures !
Concrètement, je ne suis pas militante dans l’âme, mais j’ai adopté certains gestes écologiques sans même me poser de question. Ils sont inscrits dans mon quotidien et influencent de fait mon entourage proche sans pour autant que je passe pour une donneuse de leçons (enfin je l’espère !). Disons que j’essaie de « faire ma part », comme le colibri…
Habitant une grosse ville, je me sens régulièrement en contradiction avec mes aspirations, mais je ne désespère pas de m’installer au vert dans un avenir proche !
Je me rends souvent à Belle-Ile où la conscience écologique est, me paraît-il, plus développée qu’ailleurs… Il faut dire que l’île est d’une telle beauté que ses habitants - du moins, ceux que je fréquente - sont très engagés pour la préservation de l’environnement, et pas uniquement du leur... J’apprends beaucoup à leur contact.
Et sinon, je me nourris régulièrement des mots de Jean-Claude Ameisen, Pierre Rabhi, Jean-Marie Pelt… J’écoute beaucoup la radio, notamment de très bonnes émissions sur France Inter : Sur les épaules de Darwin, CO2 mon amour, Carnets de campagne… Et tu me croiras si tu veux : je me balade sur ton site chaque semaine !

J’imagine qu’il y a des difficultés à vivre de la danse, alors comment fais-tu pour les dépasser ou les résoudre ?

Ce choix de vie nécessite d’être créatif, de savoir rebondir, d’accepter des périodes plus tendues financièrement et de savoir s’adapter pour ne pas trop en souffrir, sinon il vaut mieux faire autre chose.
D’ailleurs, ponctuellement, je fais autre chose !!! Ça ne m’a jamais posé de problème de reprendre un travail à mi-temps lorsque j’éprouve le besoin de me poser un peu, du moment que ce poste n’est pas en contradiction avec mes valeurs, que j’y trouve un intérêt et que je ne m’y éternise pas.
Par ailleurs, j’ai plusieurs cordes à mon arc et cela m’aide à composer. Cela me permet surtout de ne pas accepter n’importe quel projet artistique sous prétexte de gagner ma vie. J’essaie de me donner les moyens de mon exigence…

Qu’est-ce que tu aimes dans tout ce que tu fais ? Quel est le fil qui relie toutes tes activités ?

La rencontre sans cesse renouvelée avec l’autre et avec soi, les corps qui racontent, la poésie sous toutes ses formes, l’étonnement perpétuel, la sensation d’être toujours sur un fil, le frisson devant la beauté…

Pour contacter Marie : mariepinguet (at) hotmail.com






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