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Marie Grosman - chercheuse engagée

(modifié: mars 2012)

Vos dents, comme le reste de votre anatomie, sont un marché. Un gros marché où là encore l’inégalité Nord/Sud fait rage (de dents). Ainsi, avec l’augmentation de la consommation de boissons sucrées, les caries se multiplient, notamment en Afrique, ouvrant ainsi la porte à une marée de plombages potentiels - payants. Or, étant composé de mercure, et le mercure étant fortement toxique au point que bien des pays (riches) l’interdisent, l’Afrique refuse tout net ces plombages.

Le saviez-vous ? "L’amalgame a été mis au point au XIXe siècle pour remplacer l’usage de l’or dans les soins des caries."(*) En gros, seuls les riches pouvant s’offrir des dents en or, il a fallu trouver une solution pour tous les (nombreux) autres : les plombages au mercure. Quelques scientifiques ont pris la mesure du problème et travaillent à dénoncer les risques toxiques des amalgames dentaires au mercure sachant que le mercure élémentaire est neurotoxique, génotoxique, immunotoxique, reprotoxique et perturbateur endocrinien. Rien que ça.

Marie Grosman est agrégée en sciences de la Vie et de la Terre, conseillère scientifique de l’association Non au Mercure Dentaire et vice-présidente pour l’Europe de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure. En dépit d’un emploi du temps de ministre, elle a bien voulu éclairer ma lanterne sur la question.

1. Pour combler les caries, la Norvège, la Suède et le Danemark ont interdit le mercure. En France bien des dentistes l’utilisent et sa toxicité ne semble même pas évoquée durant leurs études (*). Qu’est-ce qui empêche la France de suivre les pays scandinaves ?

Il n’est pas facile de répondre rapidement à cette question. Ce qui apparaît évident, c’est que les instances dentaires (Conseil de l’Ordre, syndicats dentaires comme l’Association Dentaire Française, appartenant à la FDI) exercent une grande influence sur l’agence sanitaire en charge du dossier (l’Afssaps) et sur le ministère de la Santé. Autrement dit, dans ce dossier, les autorités sanitaires ont semblé davantage soucieuses de servir des intérêts corporatistes que de protéger la santé de la population et l’environnement.
Par exemple, l’expert qui était en charge des matériaux dentaires à l’Afssaps depuis sa création est un farouche partisan des amalgames dentaires, envers et contre tout. Membre éminent du conseil de l’Ordre et de l’ADF, il exerce aussi un poste important à la FDI. Porte-voix de la profession dans tous les médias, il affirme avec constance malgré l’évidence que jamais aucune étude n’a pu montrer la dangerosité du mercure dentaire. Il n’est pas inutile de préciser qu’il a des liens déclarés avec un des principaux fournisseurs d’amalgames.
Bref, le lobbying exercé par les instances dentaires qui ont toujours nié les risques liés aux amalgames, explique sans doute en grande partie que la France soit le triste champion européen de l’utilisation des amalgames : en dépit des connaissances sur la redoutable toxicité du mercure inorganique, 17 à 18 tonnes de mercure sont ainsi placées chaque année dans les bouches françaises ! A eux-seuls, les Français « consomment » 30 % du mercure dentaire en Europe.
Entendant constamment des discours rassurants de leurs autorités quant à l’innocuité des « plombages », il ne faut pas s’étonner que les praticiens continuent à les utiliser alors qu’ils se retrouvent eux-mêmes exposés : dentistes et assistantes paient en effet un lourd tribu à l’usage du mercure en termes de troubles de santé.
L’amalgame est ainsi plébiscité par la plupart des dentistes : c’est un matériau très maniable de mise en œuvre rapide et il est peu onéreux si on ne tient pas compte des coûts induits (sanitaires et environnementaux). Il semble néanmoins que les autorités dentaires aient fini par comprendre que les jours du « plombage » étaient bel et bien comptés. Elles cherchent désormais à gagner du temps : il s’agit maintenant de faire reculer l’échéance de l’interdiction, et surtout d’empêcher que les amalgames soient bannis pour des raisons de santé, ce qui les mettrait dans une position délicate.

2. Les alternatives aux plombages (CVI et composite) sont-elles prises en charge par la Sécurité Sociale ?

Les deux principales alternatives aux plombages, les composites et les ciments verre ionomères, sont remboursés par la Sécurité Sociale exactement comme l’amalgame : c’est le nombre de surfaces qui module le tarif, pas le matériau.
Le fait que la Sécurité Sociale rembourse un produit constitué pour moitié de mercure, une des substances les plus dangereuses au monde, alors que la preuve est faite qu’une partie de ce mercure passe dans le cordon ombilical puis s’accumule dans le cerveau du fœtus, que la quantité de mercure accumulée dans le cerveau dépend du nombre d’amalgames, que porter des amalgames accroit le risque de sclérose en plaques etc., ne peut que nous interpeller.
Bien sûr, en attendant l’interdiction des plombages, si les autres matériaux disponibles étaient mieux remboursés par la sécurité sociale, l’amalgame serait moins utilisé : lorsque la Suède a déremboursé l’amalgame en 1999, son usage s’est très vite tari (ce pays les a interdits en 2009). En Suisse où les obturations de caries ne sont pas remboursées, à peine 10 % des dentistes en utilisent encore. Il n’est bien sûr pas souhaitable d’en arriver là. Au contraire : la diminution importante de la maladie carieuse chez les jeunes au cours des dernières décennies devrait permettre de mieux rembourser les matériaux alternatifs à l’amalgame et de dé-rembourser ce dernier.

3. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans ce combat ?

C’est une vieille histoire. Je m’intéresse depuis toujours à la prévention. Mais ma rencontre au début des années 80 avec le Dr Melet, épidémiologiste, a été déterminante. C’est lui qui m’a initiée à la santé publique et à la santé environnementale, avant que je me spécialise dans ce domaine. Dans les années 90, le Dr Melet a commencé à travailler sur le dossier du mercure dentaire, a vite compris l’ampleur du problème et est devenu le lanceur d’alerte français sur ce scandale de santé publique. Il a fondé l’association Non au mercure dentaire et a soigné de très nombreux malades. Il s’est suicidé en 2005 après avoir subi pendant des années calomnies et manœuvres d’intimidation de la part des autorités médicales et dentaires. J’ai continué le combat avec quelques autres. J’ai rejoint aussi les rangs d’autres associations qui œuvrent pour un environnement plus sain, comme le Réseau Environnement & Santé, l’association Toxicologie Chimie et d’autres.
Ma principale motivation, qui est partagée par mes compagnons associatifs, est l’amélioration de notre environnement au sens large (alimentation, soins de santé, air intérieur et extérieur…) et la protection de la santé, ce qui demande de combattre de puissants lobbies (industriels, pharmaceutiques…) mais aussi l’inertie et souvent la complicité des instances sanitaires, en dépit de l’affichage de leur ouverture aux associations.
En France l’expertise sanitaire est trop souvent entachée de conflits d’intérêts, mais je suis convaincue que rendre transparents les liens des experts avec les industriels ne suffira pas : les « experts » ne devraient avoir aucun lien avec l’industrie.
Mon autre souci est de contribuer à aider les victimes d’intoxications d’origine environnementale, dont la maladie est niée et qui sont souvent renvoyées vers la psychiatrie. La France a un énorme retard en termes de diagnostic et de thérapie de ces maladies. Il faut réorienter l’action du ministère de la Santé vers la prévention et vers la prise en charge pertinente des malades environnementaux. La protection de la santé et de l’environnement devraient constituer des préalables à toutes les politiques menées, dans les différents ministères et dans les collectivités territoriales.

4. Qu’est-ce qui vous plait dans ce que vous faites ? Qu’est-ce qui vous donne envie d’y aller ?

J’aime apprendre et comprendre.
Chercher à comprendre les liens existant entre des pathologies et divers toxiques environnementaux en parcourant la littérature scientifique et en assistant à des colloques, puis vulgariser ces connaissances pour les mettre à la disposition du plus grand nombre me plaît énormément.
De même chercher à démonter les mécanismes de la mauvaise foi, les impostures des porte-voix officiels qui tentent de masquer la crise sanitaire alors qu’ils roulent pour l’industrie pharmaceutique.
C’est ce travail de fourmis que nous avons mené avec le philosophe Roger Lenglet et qui nous a permis d’écrire Menace sur nos neurones. Et les réactions du public lors des conférences que nous animons avec Roger sur ce sujet (les causes environnementales des maladies du cerveau et les raisons de la paralysie de la prévention) nous confortent dans notre engagement.
Ce qui me donne envie « d’y aller », c’est que nous sommes dans une crise sanitaire. Il faut nous organiser pour arriver à nous faire entendre : nous ne croyons pas à la fatalité de l’explosion des cancers, de la maladie d’Alzheimer, de l’autisme… Il est urgent de s’attaquer aux véritables causes de ces fléaux, qui sont déjà bien documentées. C’est cette urgence qui me pousse, avec d’autres, à m’engager, même si le prix à payer est élevé : quasi plus de loisirs, nuits courtes, frustrations devant l’énormité de la tâche et les murailles à abattre… C’est un combat très modeste à mon niveau, mais si nous sommes de plus en plus nombreux, les murailles tomberont.

(*) Source Non Au Mercure Dentaire. Toujours selon les données de l’association, vous voudrez bien noter chers lecteurs et lectrices : "En raison de la toxicité du mercure connue depuis l’antiquité, de nombreux dentistes et médecins se sont très tôt opposés à cette utilisation mais les « plombages » se sont peu à peu banalisés grâce à leur coût modique et à la rapide augmentation du nombre de caries résultant des changements alimentaires des dernières décennies. L’amalgame, qui contient 50 % de mercure, n’a jamais été soumis à une procédure d’autorisation de mise sur le marché (AMM) comportant des tests de toxicité cellulaire."

Lire la chronique du livre co-écrit par Marie Grosman et Roger Lenglet.

(mars 2012)



Vos commentaires

  • Le 12 janvier 2013 à 05:13 en reponse Marie Grosman - chercheuse engagée

    merci à Marie Grosman pour son travail et son dévouement à cette cause de santé publique.

  • Le 11 août 2013 à 19:38, par auteur Athena en reponse Marie Grosman - chercheuse engagée

    Bonjour,

    Ce que vous avez écrit est très intéressant, merci pour vos publications qui ouvrent les yeux !

    pourriez vous m’éclairer sur les dentistes qui pratiques les extractions correctement ?

    Merci d’avance pour votre réponse.

    Cordialement.

  • Le 20 juillet 2014 à 10:44, par auteur angeline en reponse Marie Grosman - chercheuse engagée

    Bonjour, j’avait 12 almagames aux mercure , 10 recouverts de courrones en métal (nickel et chom) dont 8 en plus avec de là céramique ;suite à quelques problèmes de santé , allergies au nikel ,trops long à expliquer .Un médecin m’a conseillé de lire "Vérités sur les MALADIES ÉMERGENTES" DE Françoise Cambayrac ;le Choc ,colères , indignation .A ce jour je n’ai pu faire que la dépose que de 2 amagalmes,car analyses ,chelation,et déposes étaient a mes frais .Je restes avec mes troubles et une grandes amertume pour un gouvernement qui ce préoccupe plûtot des intérêt du gouvernement et qui ce fiche de la santé de la population

  • Le 9 février 2015 à 10:18, par auteur brig en reponse Marie Grosman - chercheuse engagée

    bonjour
    j ai regarder l émission sur le mercure et sa ma mise dans une colère car j ai moi même de amalgames et couronnes depuis très longtemps, j ai des problèmes de santé depuis très longtemps et cela empire depuis 2 ans et je ne trouve pas d issue car faute de moyen je suis à la cmuc et avec un très très faible revenu donc comment se soigner je trouve intolérable que les politiques ne prenne pas de mesure face à cela nous tombons malade,avec ce que l’on nous donne et met en bouche et j en passe , comment faire j’habite à Nice et je ne connais pas de dentiste ou école dentaire qui peu m enlever ses amalgames et autre à qui s adresser , pour moi c est une question de santé,je me sent trop mal, quoi faire ? et il y a til une pétition que l on peu faire pour que les politiques comprenne vraiment que cela est très grave , et que l’on est plus de mercure, et des produits toxique dans la bouche ,et pour la santé globale , car nous somme tous concerner, et nous avons tous le droit à la santé ,même si nous avons de très faible moyen je vous remercie de votre réponse , cordialement.

  • Le 17 février 2015 à 10:24, par auteur LaSeiche en reponse Marie Grosman - chercheuse engagée

    Bonjour, merci de votre message. Vous pouvez contacter l’association de Marie Grosman.




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